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Fiche étude | Similarweb (David F. Carr) | Juillet 2025

Similarweb : 1,13 milliard de visites venues de l'IA en juin 2025 face à 191 milliards pour Google

Publication : juillet 2025 Données mesurées : juin 2025 Lecture : ~9 min Analyse : Josselin Leydier
En une phrase : Similarweb estime que les sept plateformes IA qu'elle suit ont envoyé 1,13 milliard de visites vers le top 1 000 des sites mondiaux en juin 2025, en hausse de 357 % sur un an. Google Search en a envoyé 191 milliards sur le même mois. Le trafic venu de l'IA croît donc très vite tout en restant, en valeur absolue, environ cent soixante-dix fois plus petit que celui du moteur historique.
Une édition plus récente existe. Similarweb a publié fin juillet 2026 son rapport annuel The 2026 Generative AI Landscape, qui prolonge et corrige plusieurs conclusions de cette page. Attention toutefois à ne pas mélanger deux mesures qui se ressemblent. Le rapport 2026 suit la part des visites reçues par les chatbots, où ChatGPT recule de 76 à 53 % pendant que Gemini monte à 27,5 %. La présente fiche suit la part du trafic qu'ils renvoient vers les sites, et sur ce terrain la domination de ChatGPT ne faiblit pas : 92,4 % des sessions référentes en mai 2026 chez Previsible. Les recommandations ci-dessous distinguent les deux.

Ces deux nombres sont devenus le point de repère de toutes les conversations sur le trafic venu de l'IA. Ils servent dans les deux sens. Face à quelqu'un persuadé que ChatGPT a remplacé Google, ils remettent les ordres de grandeur en place. Face à quelqu'un qui juge les assistants anecdotiques, ils rappellent que la croissance, elle, est massive.

L'étude paraît en juillet 2025, signée David F. Carr sur le blog de Similarweb, et s'appuie sur les estimations de trafic propriétaires de l'éditeur. Elle est depuis la donnée la plus reprise dans les bilans GEO, y compris par ceux qui la discutent, comme les mesures BrightEdge et Amsive qui la recoupent par d'autres chemins.

Ce que Similarweb a compté

La mesure porte sur le trafic référent, c'est-à-dire les visites qui arrivent sur un site en suivant un lien depuis un autre site. Similarweb en isole la part provenant des plateformes IA, pour les 1 000 sites les plus visités du monde en juin 2025. Sept moteurs entrent dans le calcul : ChatGPT, Gemini, Perplexity, Claude, DeepSeek, Grok et Liner.

Pour chacun, l'éditeur estime le volume de clics sortants vers le web ouvert, puis agrège ces clics au niveau du site qui les reçoit. C'est ce qui permet de comparer la part de l'IA aux autres sources de trafic. La croissance annuelle compare juin 2024 à juin 2025, et la comparaison avec Google Search repose sur les estimations du même éditeur pour le même mois.

Précision méthodologique importante : Similarweb n'a accès ni aux journaux des serveurs mesurés, ni aux outils de mesure d'audience installés par chaque éditeur. Ses estimations viennent d'un dispositif propriétaire, mêlant extensions de navigateur, partenariats et modèles statistiques. Sur des volumes globaux, elles sont reconnues comme justes en ordre de grandeur. Site par site, l'écart avec les données réelles peut atteindre 20 à 30 %.

1,13 milliard face à 191 milliards

Source de trafic Visites envoyées en juin 2025 Évolution sur un an
Google Search 191 milliards globalement stable
Plateformes IA cumulées 1,13 milliard +357 %
Dont visites IA vers les sites de presse sous-ensemble du précédent +770 %
Volumes de visites envoyées en juin 2025, Google et plateformes IA à la même échelle Visites envoyées en juin 2025, à la même échelle (milliards) 191 Md 1,13 Md Google Search Plateformes IA cumulées stable sur un an +357 % sur un an
Source : Similarweb (David F. Carr), juillet 2025 | Estimations sur le top 1 000 des sites mondiaux

Le rapport entre les deux volumes est de 1 à 169. Pour 169 visites envoyées par Google, l'ensemble des plateformes IA en envoie une seule. C'est la proportion à garder en tête avant toute généralisation. ChatGPT envoie bel et bien du trafic, et ce trafic n'est pas encore comparable en masse à celui du moteur historique.

L'intérêt du chiffre tient en fait à la pente plus qu'au niveau. Google Search est stable d'une année sur l'autre, quand les plateformes IA bondissent de 357 %. Si cette trajectoire se prolonge, l'écart se referme mécaniquement, et c'est sur ce raisonnement que l'étude Semrush de juillet 2025 situe le croisement des deux courbes vers 2028. La projection est discutable, puisqu'elle suppose un taux de croissance constant sur trois ans, mais elle rend bien l'idée qu'une pente pareille rattrape vite, même en partant de très bas.

+357 % Croissance sur un an du trafic envoyé par les plateformes IA, entre juin 2024 et juin 2025, mesurée sur le top 1 000 des sites mondiaux. Sur le seul segment de la presse et des médias, la hausse atteint 770 %. Similarweb, juillet 2025

ChatGPT capte alors plus de huit visites sur dix

À l'intérieur de ce 1,13 milliard, la répartition entre moteurs est très déséquilibrée. En juin 2025, ChatGPT compte pour plus de 80 % des visites envoyées, le reste se partageant entre Gemini, Perplexity, Claude, DeepSeek, Grok et Liner. Cette concentration ne s'est pas démentie depuis : Previsible mesure 92,4 % des sessions référentes pour ChatGPT en mai 2026, Conductor 87,4 % fin 2025. Ce qui s'érode, c'est son audience, pas sa part dans les visites envoyées.

Cette répartition a une conséquence pratique qui vaut toujours. Travailler sa visibilité « pour les LLM » sans préciser lesquels n'a pas grand sens, parce que les moteurs ne puisent pas aux mêmes endroits. ChatGPT s'appuie beaucoup sur des sources tierces, avis, médias, Reddit, Wikipedia. Gemini favorise davantage les sites de marque eux-mêmes. Perplexity cite plus largement. Les fiches Yext et Superlines et Semrush sur les domaines cités détaillent ces écarts moteur par moteur.

Où atterrissent ces visites

Le rapport nomme aussi les sites qui reçoivent le plus de visites venues des assistants, par catégorie.

Domaine Catégorie Visites venues de l'IA, juin 2025
google.com Technologie 53,1 millions
youtube.com Vidéo 31,2 millions
reddit.com Social 11,1 millions
facebook.com Social 11,0 millions
wikipedia.org Encyclopédie 10,8 millions
amazon.com Commerce en ligne 4,5 millions
yahoo.com Presse 2,3 millions
reuters.com Presse 1,8 million

Le classement est instructif par ce qu'il mélange. En tête, des plateformes immenses et généralistes, déjà omniprésentes dans les réponses des assistants. Mais l'échelle chute très vite : le premier site de presse reçoit vingt-trois fois moins de visites que google.com, et un média aussi installé que Reuters tourne à 1,8 million.

Pour un éditeur spécialisé, le volume accessible se compte donc en dizaines ou en centaines de milliers de visites, pas en millions. Et le chemin pour y accéder passe le plus souvent par une présence sur ces plateformes de tête, YouTube et Wikipedia en particulier, ou par des signaux de notoriété de même nature.

Ce que ce chiffre ne couvre pas

Le 1,13 milliard compte des clics sortants, pas des usages. Il laisse donc de côté toutes les fois où l'assistant a donné une réponse complète sans que personne n'aille voir la source, celles où l'utilisateur a copié le texte sans cliquer, et tous les usages sans rapport avec le web, rédaction, traduction ou code. Le volume d'usage réel des assistants est hors de portée de cette mesure, qui ne prétend éclairer qu'une seule chose, les visites reçues par les sites.

Le périmètre, ensuite, se limite au top 1 000 mondial. Les PME, les blogs spécialisés et l'essentiel des sites éditoriaux français en sont absents. Sur cette longue traîne, la part de l'IA dans le trafic est probablement différente, peut-être plus élevée en proportion, puisque les assistants citent volontiers des contenus spécialisés que Google place en deuxième ou troisième page.

Juin 2025 est enfin un mois, pas une moyenne annuelle. Sur des plateformes qui grandissent à cette vitesse, l'écart d'un mois à l'autre peut être considérable, et le chiffre vaut comme palier plutôt que comme mesure stable. Il s'agit par ailleurs d'estimations, comme rappelé plus haut : solides en ordre de grandeur, à croiser avec ses propres statistiques dès qu'il s'agit d'un site en particulier.

Les études qui recoupent celle-ci

BrightEdge trouve moins de 1 % du trafic référent sur des sites de très grandes marques, entre janvier et août 2025. Amsive trouve de son côté moins de 1 % des sessions sur 54 comptes GA4, et surtout un taux de conversion qui ne se distingue pas de celui de l'organique, 4,87 % contre 4,60 % sans significativité statistique.

Semrush défend l'inverse sur la conversion, avec un visiteur IA 4,4 fois plus précieux, mais sa mesure porte sur des sujets marketing et SEO où les utilisateurs d'assistants sont des professionnels avancés. SparkToro, enfin, rappelle que la recherche sans clic existait bien avant les assistants, qui accélèrent un phénomène ancien tout en ouvrant un canal de visites qui, lui, est neuf.

L'image qui se dégage de l'ensemble est stable. Le trafic venu de l'IA reste sous 1 % des sessions sur la plupart des sites, il convertit à peu près comme l'organique hors niches professionnelles, et sa trajectoire justifie de s'y préparer sans tout y basculer.

Comment s'en servir pour arbitrer

Le rapport de 1 à 169 invite d'abord à la prudence dans les arbitrages de budget. Un site dont l'acquisition repose aujourd'hui sur la recherche classique n'a pas de raison d'y transférer la moitié de son effort SEO. Le GEO se construit en parallèle du SEO, pas à sa place.

Le chiffre qui compte vraiment reste celui de son propre site. Suivre chaque mois la part du canal LLM dans ses statistiques vaut mieux que de raisonner sur une moyenne mondiale. Passer de 0,3 % à 1,5 % en six mois est un signal d'accélération. Rester à 0,1 % sans bouger dit que la priorité est ailleurs.

Quant au choix des moteurs, tout dépend de ce qu'on cherche. Pour des clics, ChatGPT reste le canal à travailler en premier, avec plus de neuf visites sur dix envoyées par les assistants. Pour être lu et mentionné, Gemini pèse désormais un quart de l'audience des chatbots et mérite un suivi à part entière, puisqu'il ne puise pas aux mêmes sources. La leçon de cette fiche est donc moins « optimiser pour ChatGPT » que « vérifier tous les six mois qui envoie du monde, et qui se contente d'être lu ».

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