L'intérêt de cette mesure tient surtout à ce qu'elle recoupe. Similarweb et Amsive étaient arrivés au même ordre de grandeur sur des terrains qui n'ont presque rien en commun : un classement mondial de sites d'un côté, trente-trois comptes GA4 de l'autre, et ici une plateforme SEO d'entreprise branchée sur de très grandes marques. Trois mesures indépendantes qui plafonnent au même endroit, cela cesse d'être une coïncidence. Le trafic venu de l'IA grossit vite et reste marginal en volume.
Le rapport s'intitule « AI Search Visits Surging in 2025 » et a été mis à jour en mars 2026. Il porte sur les sites clients de BrightEdge, un outil SEO destiné aux grandes entreprises, dont 57 % du Fortune 500 d'après l'éditeur. Ce détail compte pour lire les pourcentages, car ces sites reçoivent souvent des millions de visites organiques par mois et une base aussi large écrase mécaniquement la part de l'IA.
Le périmètre de la mesure
BrightEdge dit avoir analysé des milliers de requêtes et des sites parmi les mieux positionnés, dont beaucoup de marques du Fortune 100, entre janvier et août 2025. Deux séries en sortent. D'abord la part du trafic référent attribuée à chaque source, en séparant l'organique Google, les plateformes IA et les autres sites. Ensuite le taux de croissance mensuel de chaque moteur IA, mois après mois.
Moins de 1 % du trafic référent
Deux chiffres de ce rapport circulent partout, et ils ne portent pas sur le même total. Les confondre fait dire à l'étude des choses qu'elle n'affirme pas.
| Ce que mesure BrightEdge | Résultat | Rapporté à quel total |
|---|---|---|
| Part des plateformes IA dans le trafic référent | < 1 % | les visites reçues par les sites mesurés |
| Part de marché de Google dans la recherche | > 90 % | les recherches effectuées, tous moteurs confondus |
| Conversions attribuées aux visites venues de l'IA | quasi nulles | les conversions suivies dans la plateforme |
Le « plus de 90 % » de Google est donc une part de marché dans la recherche, pas une part du trafic référent du panel. Les deux grandeurs ne s'additionnent pas, et le rapport ne publie aucune répartition complète du référent : on ne sait pas ce que pèsent l'organique, le direct, Bing ou les réseaux sociaux dans les visites de ces sites.
Le résultat reste cohérent avec celui de Similarweb, qui compte 1,13 milliard de visites envoyées par sept plateformes IA en juin 2025 contre 191 milliards pour Google Search, soit un rapport de 1 à 169. Amsive, sur cinquante-quatre comptes GA4, reste également sous 1 % du trafic total.
Des croissances mensuelles très inégales d'un moteur à l'autre
Sous le pourcentage global, le rapport suit le trafic mois par mois et moteur par moteur. Ce suivi mensuel est la partie du rapport la plus difficile à trouver ailleurs.
| Moteur IA | Ce que montre la série mensuelle | Période |
|---|---|---|
| ChatGPT | Devance nettement les autres en volume de visites envoyées | Les trois derniers mois mesurés |
| Claude | +58 % de visites envoyées | Juillet 2025 |
| Claude | +21 %, la hausse se prolonge | Août 2025 |
| Grok | +1 279 %, à partir d'une base très faible | Juillet 2025 |
| DeepSeek | Recule régulièrement depuis le début de l'année, fort décrochage en juillet | Janvier à août 2025 |
Les croissances à trois ou quatre chiffres se lisent avec une règle simple en tête. Grok et Claude partent de très bas, et multiplier par près de quatorze un volume minuscule donne un volume modeste. Les deux trajectoires ne racontent pourtant pas la même histoire. Claude tient des hausses à deux chiffres plusieurs mois de suite, ce qui ressemble à une installation progressive. Grok montre plutôt la vitesse à laquelle un nouvel entrant capte du volume quand il est distribué par défaut, en l'occurrence dans X. Et DeepSeek rappelle que la courbe peut redescendre aussi vite qu'elle est montée.
Pour un site, cela veut dire que la concentration actuelle sur ChatGPT, qui pèse plus de 80 % des visites venues de l'IA d'après Similarweb, décrit un état du marché et non une règle durable. Vérifier sa visibilité sur Claude ou Perplexity coûte peu aujourd'hui, et évite de découvrir dans deux ans qu'on en est absent.
Un usage massif qui produit très peu de visites
ChatGPT revendiquait 800 millions d'utilisateurs hebdomadaires fin 2025, et Similarweb mesure +357 % de visites venues de l'IA en un an. Mettre ces chiffres à côté d'un « moins de 1 % du trafic référent » paraît contradictoire. Ils sont pourtant tous exacts, parce qu'ils ne comptent pas la même chose.
L'essentiel de ce qu'on demande à un assistant ne mène nulle part sur le web. Rédiger un courriel, résumer un document, écrire une fonction, traduire un paragraphe : aucune de ces demandes n'a de site à visiter au bout. L'usage est bien réel, il ne produit simplement aucun lien à suivre.
Vient ensuite la question d'information, du type « comment fonctionne tel mécanisme ». L'assistant répond, et la réponse se suffit à elle-même la plupart du temps. C'est le même phénomène que la recherche sans clic mesurée par SparkToro sur Google, transposé dans une interface de conversation où le moteur garde l'utilisateur chez lui.
Restent les moments où l'on veut acheter, comparer deux offres, vérifier un prix ou joindre un prestataire. Là, l'utilisateur clique. Ces situations existent mais ne forment qu'une fraction de l'usage total, et c'est cette fraction seule qui apparaît dans les statistiques d'un site.
Le « moins de 1 % » répond donc à une question précise, celle du nombre de sessions qui entrent sur un site depuis une interface IA. Il ne mesure pas l'audience de ces interfaces. Garder les deux questions séparées évite deux erreurs symétriques, conclure que l'IA ne compte pas parce qu'elle envoie peu de monde, ou réorganiser toute sa stratégie autour d'un canal qui pèse pour l'instant un centième du trafic.
Les limites à garder en tête
L'échantillon est le premier point de vigilance. Les marques du Fortune 100 disposent d'un socle organique que presque aucun autre site n'atteint, et ce socle sert de dénominateur. La part de l'IA y est faible par construction. Sur un site de niche, elle peut être plusieurs fois supérieure en proportion sans représenter davantage de visites en nombre.
La géographie joue dans le même sens. Les sites mesurés sont majoritairement américains, et l'adoption des assistants y est en avance sur la France.
La période, elle, est déjà ancienne au regard du rythme du secteur. Entre janvier et août 2025, l'AI Mode de Google, ChatGPT Atlas et Comet de Perplexity n'étaient pas généralisés. Une mesure équivalente fin 2026 donnerait presque certainement une part IA plus élevée.
Sur les conversions, enfin, le rapport est plus affirmatif que démonstratif. Il consacre une section au sujet et conclut que les visites venues de l'IA ne convertissent quasiment pas, que tous les canaux traditionnels font mieux et que l'écart se creuse au fil de l'année. Son explication tient à l'intention de départ, puisqu'on arrive depuis un assistant en phase de recherche et non au moment d'acheter, la conversion ayant lieu plus tard par l'organique ou le direct.
Reste que la version publique du rapport n'avance aucun chiffre à l'appui, seulement des graphiques sans valeurs. Et ce constat entre en tension avec la mesure d'Amsive, qui trouve 4,87 % de conversion pour le trafic LLM contre 4,60 % pour l'organique sur cinquante-quatre comptes GA4, un écart statistiquement non significatif. Amsive publie ses chiffres et son test, BrightEdge non. En l'état, ce rapport ne permet pas de trancher.
Ce que les autres mesures ajoutent
Quatre fiches du site encadrent celle-ci. Similarweb compte les visites en valeur absolue sur le top 1 000 mondial et ajoute la dynamique, avec 1,13 milliard de visites IA en juin 2025 et +357 % sur un an. Amsive travaille sur cinquante-quatre comptes GA4 dont le suivi des conversions a été audité un par un, et trouve moins de 1 % du trafic avec une conversion comparable à celle de l'organique.
Semrush apporte la nuance qui manque ici, celle de la valeur unitaire du visiteur, estimée 4,4 fois supérieure. Et l'autre étude BrightEdge porte sur le recouvrement entre les sources des AI Overviews et le top 10 organique, ce qui montre par quel chemin l'IA de Google se branche sur le moteur historique.
Où mettre ses efforts en 2026
Google reste le canal à défendre en premier. Avec plus de 90 % des recherches et une conversion que personne ne conteste, l'organique finance encore l'essentiel de l'acquisition. Le GEO se construit à côté, pas à la place.
Au-delà, il vaut la peine d'élargir la surveillance aux moteurs émergents. Les pentes de Claude et de Grok, si elles se prolongent, auront changé la répartition d'ici deux ans. Vérifier une fois par trimestre ce que ces assistants racontent de sa marque suffit à ne pas se faire surprendre.
Le plus utile reste de mesurer son propre site. Ce « moins de 1 % » est une moyenne sur un panel de très grandes marques. Sur tel site il vaudra 0,1 %, et le GEO peut attendre. Sur tel autre il vaudra 4 %, et il devient prioritaire. Isoler un canal LLM dans GA4 règle la question pour de bon, et vaut mieux que n'importe quelle moyenne publiée.