- SISTRIX a suivi 82 619 prompts et 1,5 million de relevés hebdomadaires pendant 17 semaines (17 décembre 2025 au 8 avril 2026), sur 6 pays dont la France et l'Allemagne.
- La volatilité des sources citées (le citation drift) est massive, mais très inégale selon le moteur : ChatGPT Search renouvelle 74 % de ses domaines cités chaque semaine, Google AI Mode 56 %, mais les AI Overviews seulement 5 %.
- Pour 86 % des requêtes, il existe un petit noyau stable de domaines toujours cités ; tout le reste tourne à 89 % par semaine. La bataille GEO se joue pour entrer dans ce noyau.
- Le domaine d'une marque survit bien mieux que les pages qui parlent d'elle : il apparaît dans 43 % des requêtes de marque sur toute la période, alors que les co-citations tournent à 70 % par semaine.
- Le contenu pérenne survit, l'actualité non, puisque seuls 1,4 % des articles d'actualité restent cités en permanence.
Une des questions les plus pratiques du GEO est rarement mesurée sérieusement : une fois qu'une page est citée par une IA, le reste-t-elle ? Ou bien la citation est-elle un coup de chance qui s'évapore au relevé suivant ? L'étude publiée par SISTRIX le 1er mai 2026 est, à ce jour, la mesure la plus robuste de cette volatilité. Elle porte, fait rare, sur un corpus multi-pays incluant la France, là où la quasi-totalité des études GEO sont anglo-saxonnes.
Qui publie et avec quel sérieux
L'étude est signée par Johannes Beus, fondateur de SISTRIX. SISTRIX est un éditeur d'outils SEO européen établi de longue date, particulièrement reconnu sur les marchés allemand et francophone. Ce n'est pas une jeune plateforme GEO créée dans la vague de l'IA pour vendre un abonnement : c'est un acteur de la mesure de visibilité qui dispose d'une infrastructure de relevés déjà rodée.
Cela ne neutralise pas tout intérêt commercial (SISTRIX vend aussi du suivi de visibilité IA), mais la méthodologie est ici décrite avec un niveau de détail inhabituel pour une publication d'éditeur, et les chiffres ne vont pas tous dans le sens d'un argumentaire de vente. C'est plutôt bon signe.
La méthodologie
| Élément méthodologique | Valeur |
|---|---|
| Prompts qualifiés suivis | 82 619 |
| Relevés (snapshots) hebdomadaires | 1 548 213 |
| Durée | 17 semaines (17 déc. 2025 au 8 avr. 2026) |
| Pays | Allemagne, États-Unis, Royaume-Uni, Italie, Espagne, France |
| Moteurs analysés | Google AI Overviews, Google AI Mode, ChatGPT Search |
| URLs sources classées | 2 556 (par langue, type de contenu, modèle de monétisation, caractère pérenne ou daté, signaux E-E-A-T) |
Le principe de mesure est simple, et c'est sa force. Pour chaque prompt, SISTRIX compare les domaines cités d'une semaine sur l'autre. Le citation drift est le pourcentage de domaines qui changent entre deux relevés consécutifs. Un drift de 74 % signifie que, d'une semaine à la suivante, près des trois quarts des domaines cités ne sont plus les mêmes.
Trois moteurs dans trois mondes
Un chiffre frappe d'emblée, et il contredit l'image d'une IA qui aurait ses sources de référence.
Mais réduire l'étude à ce seul chiffre serait une erreur, car l'écart entre les moteurs est énorme. Là où ChatGPT Search se comporte comme un flux d'actualité en renouvellement permanent, les AI Overviews de Google sont au contraire d'une stabilité remarquable.
Renouvellement hebdomadaire des domaines cités
Part des sources qui changent d'une semaine à l'autre, par moteur (SISTRIX, déc. 2025 - avr. 2026)
Source : SISTRIX, AI Citation Drift, 2026. Lecture : plus la barre est longue, plus les sources se renouvellent vite (donc moins une citation acquise est durable).
Cet écart a une implication stratégique directe. Sur les AI Overviews, une citation gagnée est un actif qui dure, 95 % des domaines cités le restant d'une semaine sur l'autre. L'effort GEO y est capitalisable. Sur ChatGPT Search, à l'inverse, une citation est beaucoup plus fugace : il faut raisonner en présence durable sur un sujet plutôt qu'en « placement » ponctuel, parce que le moteur rebrasse ses sources en permanence. Profound a depuis mesuré cette fugacité page par page, sur sept moteurs, et j'en ai tiré une lecture d'ensemble dans combien de temps une page reste citée par les IA.
Un noyau stable et un carrousel qui tourne
Derrière la volatilité moyenne se cache une structure que l'étude rend très lisible.
C'est sans doute l'enseignement le plus directement utile de toute l'étude. Une réponse IA s'appuie sur un petit groupe de sources de confiance presque permanentes, complété par un carrousel de sources d'appoint qui changent sans arrêt. Vu sous cet angle, tout l'enjeu du GEO consiste à entrer dans le noyau stable plutôt qu'à apparaître une fois dans le carrousel. Et le noyau se construit sur la durée, par une autorité reconnue sur un sujet, des mentions répétées et des contenus de référence qui ne périment pas.
La marque tient mieux que ce qu'on écrit sur elle
L'étude isole un cas particulièrement utile, celui des requêtes de marque, quand l'utilisateur cherche une entreprise précise.
| Sur les requêtes de marque | Comportement |
|---|---|
| Le domaine propre de la marque | Cité dans 43 % des requêtes, de façon stable sur les 17 semaines |
| Les co-citations (pages tierces qui parlent de la marque) | Rotation de 70 % par semaine |
Lecture : votre propre site est l'ancre la plus stable de votre présence dans les réponses IA, mais il ne couvre qu'une partie du terrain (43 %). Le reste, ce que l'IA cite quand elle parle de vous, est constitué de sources tierces hautement volatiles. C'est exactement là que rejoint l'analyse d'Omniscient Digital, qui montre que sur les requêtes de marque, l'IA puise majoritairement dans des sources tierces et dans le contenu de concurrents plutôt que dans celui de la marque. Deux études aux méthodes sans rapport aboutissent donc au même constat, celui qu'on ne contrôle pas seul le récit que l'IA fait de soi.
Ce qui survit est le contenu pérenne
SISTRIX a classé les sources par type de contenu et mesuré, sur Google AI Mode, le taux de présence dans le noyau stable de chaque catégorie :
| Type de source | Taux de présence dans le noyau stable (AI Mode) |
|---|---|
| YouTube | 24 % |
| Grandes plateformes tech (Big Tech) | 16 % |
| Wikipedia | 12 % |
| Places de marché (marketplaces) | 10 % |
| Forums et contenus d'utilisateurs (UGC) | 3 % |
| Presse et médias d'actualité | 1,4 % |
Le contraste entre YouTube (24 %) et la presse (1,4 %) est l'enseignement de fond. Le contenu durable, structuré, non daté entre dans le noyau et y reste. L'actualité, par nature périssable, est citée puis remplacée presque aussitôt, et seuls 1,4 % de ces articles restent cités en permanence. Pour une stratégie GEO, la hiérarchie des efforts est claire. Un contenu de référence bien construit est un investissement qui se capitalise, là où un article d'actualité ne produit qu'un feu de paille.
Deux moteurs Google et deux écosystèmes de sources
Voilà qui devrait faire réfléchir quiconque traite « Google IA » comme un bloc unique. Les AI Overviews et l'AI Mode, pourtant tous deux édités par Google, ne citent pas du tout les mêmes domaines.
S'ajoute un biais linguistique fort, particulièrement parlant pour le marché français. Sur les requêtes en allemand, l'AI Mode s'appuie sur des sources allemandes 80 % du temps, alors que ChatGPT répond avec des sources en anglais 68 % du temps pour ces mêmes requêtes. Pour un site francophone, cela veut dire que la langue et l'ancrage local des contenus pèsent différemment selon le moteur visé. Un contenu français de référence a probablement plus de poids dans l'AI Mode de Google que dans ChatGPT, qui a tendance à retomber sur l'anglais.
Ce que la volatilité change dans le pilotage
- Ne pas paniquer sur une citation perdue. Sur ChatGPT Search, perdre une citation d'une semaine à l'autre est la norme statistique, pas un signal d'échec. Juger sa visibilité IA sur un relevé ponctuel n'a aucun sens, c'est une présence moyenne sur plusieurs semaines qu'il faut mesurer.
- Viser le noyau stable, pas le coup ponctuel. 86 % des requêtes ont un petit noyau de sources quasi permanentes. L'objectif GEO réaliste est d'y entrer, ce qui passe par une autorité durable sur un sujet plutôt que par une optimisation ponctuelle.
- Donner la priorité au contenu pérenne. Le contenu de référence non daté entre dans le noyau et y reste, quand l'actualité est citée puis jetée (1,4 % de survie). Pour capitaliser des citations, mieux vaut un guide solide qu'une série de brèves.
- Traiter chaque moteur séparément. Les AI Overviews sont stables, ChatGPT Search très volatil, l'AI Mode entre les deux et avec ses propres sources. Une stratégie unique pour « l'IA » en général est donc une erreur. Les AIO récompensent l'effort durable, ChatGPT exige une présence large et continue.
- Soigner son propre domaine ET les sources tierces. Le site de marque est l'ancre la plus stable (43 %), mais il ne couvre pas tout, et le reste se joue sur des co-citations volatiles qu'il faut alimenter dans la durée (presse, avis, forums, vidéos).
Limites de l'étude
- Analyse d'éditeur, non revue par les pairs. Méthodologie détaillée mais propriétaire : pas d'intervalles de confiance ni de tests de significativité publiés. À lire en ordres de grandeur.
- Mesure observationnelle. L'étude décrit ce que les moteurs font, pas pourquoi. Elle ne dit pas comment entrer dans le noyau stable, seulement qu'il existe.
- Fenêtre de 17 semaines fin 2025 - début 2026. Les moteurs IA évoluent très vite. Les taux de drift peuvent bouger sensiblement si Google ou OpenAI changent leur logique de récupération de sources.
- ChatGPT partiellement mesurable. SISTRIX indique que les données ChatGPT se limitent aux prompts pour lesquels l'attribution des sources est cohérente, ce qui peut restreindre la portée de ce sous-ensemble.
- Pas de lien direct avec le trafic. L'étude mesure la stabilité des citations, pas leur valeur en clics ou en conversions. Une citation stable n'est pas forcément une citation qui rapporte du trafic.
Source
- Profound (juillet 2026) | Google devient le 2e domaine cité par l'AI Mode. Ce que le renouvellement hebdomadaire de 56 % des sources de l'AI Mode permet concrètement : un basculement vers les surfaces internes de Google en deux mois et demi.
- Omniscient Digital (janv. 2026) | D'où l'IA tire ses infos sur une marque. Le pendant naturel : sur les requêtes de marque, l'IA cite surtout des sources tierces, pas le contenu propre.
- Semrush 100 M citations (nov. 2025) | Reddit s'effondre de 60 % à 10 %. Une autre mesure de la volatilité des sources, sur ChatGPT.
- Goodie / LLM Pulse (2025) | 13 des 20 premiers domaines ont changé en 8 mois. Confirme l'instabilité du classement des sources les plus citées.
- Digital Bloom (oct. 2025) | Ce que les LLM regardent vraiment. Sur les signaux durables (brand search) qui aident à entrer dans le noyau stable.
- 5W Citation Source Audit (mai 2026) | Deux sites font le quart des citations. La concentration des sources qui complète le noyau stable mesuré ici.
- Don't Measure Once (avr. 2026) | La visibilité IA est une distribution. La conséquence pratique de cette volatilité : mesurer une seule fois est trompeur, il faut répéter les relevés.
- Combien de temps une page reste citée par les IA. La même question vue page par page sur sept moteurs, avec la demi-vie de 11 jours mesurée par Profound.
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