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Fiche étudeGartnerFévrier 2024

Gartner et la prédiction du −25 % de recherches Google en 2026 : que disent les données réelles ?

Communiqué Gartner : 19 février 2024 Rapport complet : payant Lecture : ~10 min Analyse : Josselin Leydier
  • Le 19 février 2024, Gartner a prédit publiquement que le volume de recherche sur les moteurs traditionnels chuterait de 25 % d'ici 2026, au profit des assistants conversationnels comme ChatGPT.
  • La prédiction repose en partie sur un sondage de consommateurs mené par Gartner, où 79 % des répondants prévoyaient d'utiliser une recherche assistée par IA dans l'année et 70 % accordaient une certaine confiance aux réponses des IA génératives.
  • En avril 2026, aucune donnée publique ne confirme cette prédiction. Aucune source ne documente une chute du volume de recherche Google.
  • Search Engine Land écrivait dès 2024 que « this prediction is just a guess », une simple supposition. Le rapport complet est payant. La prédiction reste un signal sur la direction, venu d'un cabinet réputé, pas un fait établi.

En février 2024, le cabinet d'analyse Gartner a publié une prédiction qui a marqué le débat sur l'avenir du SEO. Le volume de recherche sur les moteurs traditionnels chuterait de 25 % d'ici 2026, sous l'effet des assistants conversationnels. Deux ans plus tard, 2026 est en cours, et on peut confronter cette prédiction aux données mesurées.

Qui est Gartner

Gartner Inc. est un cabinet d'analyse américain coté à la bourse de New York. Ses publications les plus connues sont le Hype Cycle, qui suit la courbe d'attentes autour des technologies émergentes, et le Magic Quadrant, qui positionne les éditeurs de logiciels sur un marché. Les directions générales et les services achats des grands groupes le citent régulièrement.

Cela ne garantit pas que ses prédictions se réalisent. CMSWire, Big Technology et d'autres ont recensé celles qui ne se sont pas vérifiées. Le bilan de Gartner est correct sur les grandes tendances, beaucoup moins sur les chiffres précis et sur les dates.

La prédiction exacte

Le communiqué de presse officiel a été publié le 19 février 2024 sur gartner.com sous le titre « Gartner Predicts Search Engine Volume Will Drop 25% by 2026, Due to AI Chatbots and Other Virtual Agents ».

−25 % Chute du volume de recherche sur les moteurs traditionnels d'ici 2026, prédite par Gartner en février 2024. Les recherches perdues iraient, selon Gartner, vers les assistants conversationnels. Source : Gartner press release (19 février 2024)

La phrase exacte de Gartner est « By 2026, traditional search engine volume will drop 25%, with search marketing losing market share to AI chatbots and other virtual agents ».

Ce que Gartner dit de sa méthode

Comme la plupart des publications Gartner, le rapport complet qui se trouve derrière le communiqué est payant, réservé aux abonnés. Le communiqué lui-même ne livre que deux éléments de méthode. Un sondage de consommateurs, d'abord, dont il extrait deux chiffres, 79 % de répondants qui prévoyaient d'utiliser une recherche assistée par IA dans l'année, et 70 % qui accordaient au moins une certaine confiance aux réponses des IA génératives. Une modélisation maison, ensuite, qui projette le passage des utilisateurs des moteurs traditionnels vers les assistants IA, et dont le détail n'est pas public.

Ce qu'on ne sait pas. La taille de l'échantillon du sondage, les pays couverts, le mode de collecte, les marges d'erreur, les hypothèses de la projection. C'est une limite habituelle chez Gartner, dont l'autorité tient à la marque plus qu'à la transparence de la méthode.

Les données mesurées en avril 2026

Aucune source publique ne documente une chute de 25 % du volume de recherche Google. Ce que les données disponibles racontent est plus nuancé.

Source Mesure Direction
BrightEdge (2025-2026) « Google maintains over 90% of the total market share » sur la recherche Stable, voire en croissance d'impressions
Conductor (2026) Le trafic venu des IA représente 1,08 % du trafic total, en hausse d'environ 1 % par mois Croissance lente sur une base très basse
Previsible (2025) Le trafic venu des IA représente 0,13 % du trafic global Le trafic IA reste marginal en volume absolu
SparkToro / Datos (2024) 58,5 % des recherches américaines sans clic, avant la généralisation des AI Overviews Les recherches sans clic étaient déjà majoritaires avant les IA

Ces quatre mesures racontent la même chose. Le volume de recherche Google n'a pas chuté de 25 %. BrightEdge relève plus d'affichages qu'avant (+49 %) et une part de marché stable au-dessus de 90 %, et si les recherches avaient baissé d'un quart en deux ans, Similarweb, Statcounter ou comScore l'auraient vu. La part du trafic envoyée par les IA, elle, grandit vite, de 0,13 % chez Previsible à 1,08 % chez Conductor selon les périmètres, mais elle part de très bas. Et ce qui a réellement changé pour les sites, c'est la recherche sans clic. Plus de la moitié des recherches n'envoient plus aucun visiteur vers un site, et cela ne dépend pas du nombre de recherches faites sur Google.

Trois mesures différentes derrière « la recherche baisse » Trois mesures différentes derrière « la recherche baisse » Recherches faites sur Google stable plus de 90 % de part de marché (BrightEdge, 2025-2026) Clics envoyés vers les sites en baisse 58,5 % de recherches sans clic dès 2024 (SparkToro / Datos) Visites venues des IA en hausse, mais petites 0,13 % à 1,08 % du trafic (Previsible, Conductor) C'est ici que Gartner prédisait −25 %. C'est ici que les sites ont perdu. C'est ici que les usages migrent.
Les courbes indiquent une tendance, pas une échelle commune. Sources : BrightEdge (part de marché), SparkToro / Datos (recherches sans clic, 2024), Previsible et Conductor (part du trafic venue des IA, 2025-2026).
Pourquoi le chiffre de Gartner ne s'est pas vérifié. La prédiction mélangeait deux mouvements. Le premier est le passage des utilisateurs vers les assistants IA, réel mais lent en volume. Le second est l'effondrement du trafic envoyé aux sites, rapide, mais qui vient des recherches sans clic et des AI Overviews, pas d'une baisse du nombre de recherches sur Google. Gartner a annoncé le premier avec l'ampleur du second.

Un rôle utile malgré tout

Même si le chiffre ne se vérifie pas, la prédiction de Gartner a pesé sur l'industrie de trois façons.

  • Elle a forcé les directions marketing à se poser la question. Avant février 2024, beaucoup de DG considéraient l'IA générative comme une curiosité. Après, l'argument « Gartner prédit −25 % » a servi à des directeurs marketing pour débloquer des budgets de veille et de tests.
  • Elle a déclenché une vague d'études de validation. BrightEdge, Conductor, ConvertMate, Previsible et d'autres ont publié dans la foulée des analyses qui n'auraient probablement pas existé sans cette mise en alerte initiale.
  • Elle a anticipé une tendance qui se confirme dans sa direction. Le volume Google ne baisse pas de 25 %, mais les usages se déplacent rapidement vers les assistants IA. La direction est juste, l'ampleur est plus modeste à ce stade.

La « Citation Economy » ne vient pas de Gartner

On lit régulièrement, attribuée à Gartner, l'idée que nous entrons dans une « Citation Economy » où l'autorité passe par les entités, le gain d'information et la lisibilité machine, plutôt que par les mots-clés et les backlinks.

Une attribution à corriger. Le concept de « Citation Economy » n'apparaît pas dans le communiqué Gartner de février 2024. Il vient d'articles GEO récents (notamment GrackerAI, Frase, Jakob Nielsen et la communauté des praticiens GEO). À attribuer à ces sources, pas à Gartner. Le rôle de Gartner s'est limité à la prédiction quantitative sur le volume de recherche.

Ce qu'on peut en tirer

  1. Citer Gartner avec prudence. La prédiction de 2024 reste un signal utile sur la direction, mais les données mesurées ne la vérifient pas à mi-2026. Mieux vaut citer le communiqué original (« By 2026, traditional search engine volume will drop 25% ») et préciser que la vérification publique n'est pas encore documentée.
  2. Distinguer volume de recherche et trafic vers les éditeurs. Le premier reste élevé sur Google. Le second a fortement chuté, sous l'effet des recherches sans clic et des AI Overviews. Confondre les deux conduit à des arguments faux en interne.
  3. S'appuyer sur des mesures plus récentes pour les arbitrages 2026-2027. Conductor, Previsible, BrightEdge donnent des chiffres mesurés sur des sessions réelles. Ils sont plus fiables que la projection Gartner pour les arbitrages stratégiques.
  4. Reconnaître l'utilité du signal Gartner sans surestimer son chiffre. Se tromper sur l'ampleur n'invalide pas le sens de la tendance. La place de l'IA dans la recherche en ligne est devenue un sujet central, et c'est ce qui compte pour la stratégie.

Limites de la prédiction

  • Rapport complet payant. Pas d'accès public à la méthodologie détaillée, à la taille d'échantillon précise, ni aux hypothèses du modèle.
  • Sondage déclaratif. Les 79 % qui « prévoyaient d'utiliser » l'IA ne disent pas qu'ils l'auront effectivement utilisée à la place de Google. Le passage de l'intention à l'usage est partiel.
  • Modélisation opaque. La façon dont Gartner passe du sondage de consommateurs à la projection de −25 % n'est pas publique.
  • Pas de marge d'erreur. Le −25 % est donné comme un chiffre ponctuel, sans intervalle de confiance.
  • Pas de mise à jour publique depuis 2024. Gartner n'a pas publiquement révisé sa prédiction face aux données 2025-2026 qui ne semblent pas la confirmer.
  • Des réserves exprimées dès 2024. Search Engine Land, CMSWire et Big Technology ont écrit dès la publication que cette prédiction « est juste une supposition ». À la lecture des données disponibles à mi-2026, ce scepticisme était justifié.

Sources

Études complémentaires sur le site :