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Étude | Growth Memo (Kevin Indig), données Similarweb | Octobre 2026

En France, le trafic organique d'un panel de grands sites a perdu 24 % en deux ans

Publication source : 26 octobre 2026 Panel : 2 × 10 000 domaines Lecture : ~9 min Analyse : Josselin Leydier
En une phrase. Kevin Indig a analysé trois ans de trafic estimé par Similarweb pour 10 000 domaines français et 10 000 domaines américains. La recherche organique y recule de 24,4 % en deux ans en France et de 13,2 % aux États-Unis, mais la perte se concentre sur les plus gros sites et sur les éditeurs, la recherche payante progresse dans le même temps, et le trafic envoyé par les IA ne pèse qu'environ une visite sur deux cents.

Les mesures de la baisse du trafic organique portent en général sur un pays, une période courte ou un type de site. Celle-ci compare deux pays sur trois ans, avec les dix canaux d'acquisition que distingue Similarweb, de la recherche organique au trafic direct en passant par la publicité et les IA. Kevin Indig, consultant SEO qui publie la lettre Growth Memo, l'a publiée le 26 octobre 2026 comme premier volet d'une série de deux.

La France y sert de point de comparaison. Google y a lancé les AI Overviews et l'AI Mode le 22 juillet 2026, plus de deux ans après les premiers AI Overviews américains, et la réglementation européenne y limite certains modules de la page de résultats. Cette fiche reprend les chiffres du texte et des graphiques de l'article, sa méthode et ce qu'il ne permet pas de conclure.

Des visites estimées. Similarweb estime le trafic d'un site à partir d'un panel de navigation et de modèles statistiques, le plus souvent sans accès à ses statistiques. Les chiffres de cette étude sont donc des visites modélisées, à lire comme des tendances. Kevin Indig le précise lui-même : ses données décrivent des visites, pas des personnes, des dépenses ou des revenus.

Dix canaux suivis sur 10 000 domaines par pays

Les données couvrent septembre 2023 à août 2026. Elles réunissent 663 861 lignes, une par domaine, par pays et par mois, pour 17 863 domaines distincts, répartis en dix canaux : recherche organique, recherche payante, accès direct, liens référents, réseaux sociaux organiques et payants, e-mail, display, IA et affiliation. Les listes de sites diffèrent d'un pays à l'autre, et une note de graphique précise qu'il s'agit d'échantillons de sites parmi les plus visités.

Chaque comparaison garde la même liste de sites du début à la fin. La plupart opposent janvier-août 2026 aux mêmes mois de 2025. Le chiffre principal sur deux ans compare août 2024 à août 2026, sur les 8 658 sites américains et les 7 730 sites français dont l'estimation organique est complète sur toute la période. Kevin Indig dit avoir testé la sensibilité de ses résultats à la sélection de sites, aux estimations manquantes et aux plus gros domaines, sans publier ces tests. Le classement des sites par secteur est provisoire.

Paramètre Valeur
Source des donnéesEstimations mensuelles de Similarweb
Panel10 000 domaines en France, 10 000 aux États-Unis
PériodeSeptembre 2023 à août 2026
Volume663 861 lignes domaine-pays-mois, 17 863 domaines distincts
Canaux10, dont la recherche organique, la recherche payante et l'IA
Comparaison sur deux ansAoût 2024 contre août 2026, 7 730 sites français et 8 658 américains

Un quart des visites organiques perdu en France

Entre août 2024 et août 2026, les visites venues de la recherche organique passent de 4 à 3 milliards par mois sur le panel français, soit 24,4 % de moins. Le panel américain recule de 13,2 %, de 19,9 à 17,3 milliards. Mesurée en part du trafic total, la baisse est plus lente. L'organique pesait 27,3 % des visites des sites français en septembre 2023 et 23,1 % en août 2026, soit 4,15 points de moins. Aux États-Unis, il passe de 20,5 à 18,3 %.

-24,4 % Visites issues de la recherche organique sur 7 730 sites français, août 2026 comparé à août 2024. Le même calcul donne -13,2 % sur 8 658 sites américains. Growth Memo, données Similarweb, 26 octobre 2026

La baisse touche la majorité des sites, 66,6 % des sites français et 62,5 % des américains, mais elle se concentre en volume. Environ 1 % des domaines portent 48,5 % des visites perdues en France et 40,2 % aux États-Unis. Kevin Indig en tire une remarque utile pour lire ses propres statistiques. La moyenne d'un pays recule moins vite que ce qu'un consultant voit site par site dans la Search Console, parce qu'elle mélange des sites aux trajectoires très différentes.

Les plus gros sites perdent quand les plus petits du panel tiennent

Pour comparer les sites selon leur taille, l'étude les répartit en quatre quarts, fixés d'après leur trafic moyen de septembre 2023 à août 2024, et suit l'évolution organique de chaque site depuis août 2024. Les plus petits ne le sont que par rapport au reste du panel, qui ne réunit que des sites très visités.

Août 2024 à août 2026 France États-Unis
Quart des plus petits sites, évolution médiane-1,9 %+2,7 %
Quart des plus gros sites, évolution médiane-26,0 %-17,6 %
Quart des plus petits sites, visites cumulées+42,2 %+19,3 %
Quart des plus gros sites, visites cumulées-27,4 %-13,5 %

Le petit site typique est donc à peu près stable, et le gros site typique perd un quart de son trafic organique en France. Les hausses cumulées des petits sites, +42,2 % en France, ne décrivent en revanche aucun site réel. Elles viennent d'une minorité de sites qui ont beaucoup progressé, et Kevin Indig précise qu'en retirant les cent plus fortes hausses de ce quart dans chaque pays, la croissance cumulée devient négative.

Les éditeurs ont perdu 42,5 % de leurs visites organiques

Sur 594 éditeurs français suivis d'août 2024 à août 2026, les visites organiques baissent de 42,5 %, contre 41,5 % pour 577 éditeurs américains. Pour Kevin Indig, leur produit, le contenu, entre directement en concurrence avec les réponses générées par l'IA. Les autres types de sites reculent aussi en France, alors qu'ils tiennent mieux aux États-Unis.

Type de site, août 2024 à août 2026 France États-Unis
Éditeurs (594 sites français, 577 américains)-42,5 %-41,5 %
Communautés (84 et 62 sites)-28,8 %-1,2 %
Services transactionnels (362 et 395 sites)-20,0 %-9,9 %
Commerçants (751 et 561 sites)-18,9 %+5,9 %

Une fois les éditeurs retirés du panel, la baisse organique tombe à 18,9 % en France et 7,7 % aux États-Unis, d'après le graphique qui porte sur 7 006 et 7 948 sites. Le texte de l'article donne 22,5 % et 7,8 %. L'écart n'est pas expliqué. Le chiffre de 22,5 % correspond au recul français mesuré depuis septembre 2023, base 100 du graphique, alors que le titre du graphique porte sur août 2024 à août 2026.

Par secteur, de janvier à août 2026 comparé aux mêmes mois de 2025, le panel français perd en moyenne 11,7 % de visites organiques. La santé (-19,4 %), la restauration et la cuisine (-19,2 %), le divertissement et le jeu vidéo (-17,2 %) et les sites pour adultes (-15,9 %) reculent plus vite. L'actualité fait exception en France, à -10,2 %, quand elle perd 15,1 % aux États-Unis. La mesure d'Ahrefs sur le lancement des AI Overviews place elle aussi la santé en tête des secteurs touchés en France.

Le lancement français des AI Overviews reste impossible à isoler

La France perd plus vite que les États-Unis, alors que les AI Overviews n'y sont arrivés qu'en juillet 2026. Pour Kevin Indig, l'écart tient d'abord à la composition des deux listes de sites. En août 2026, sur la liste de sites propre à chaque pays, l'organique pèse 22,1 % du trafic du panel français et 17,6 % du panel américain, mais sur les 2 021 sites présents dans les deux pays, il pèse 15,7 % des deux côtés.

Il compare aussi l'été 2026 à l'été 2025 sur 1 725 sites communs aux deux pays, en visites organiques par jour, de juin à août. Juillet, mois du lancement, est exclu des bornes.

Évolution de juin à août Été 2025 Été 2026
France, 1 725 sites+2,6 %-5,1 %
États-Unis, mêmes sites-4,6 %-3,6 %

En France, l'été s'inverse, de +2,6 % en 2025 à -5,1 % en 2026, quand l'été américain reste à peu près le même. Le décalage coïncide avec le lancement du 22 juillet. L'auteur écrit pourtant que la comparaison ne permet pas de dire quelle part revient aux AI Overviews. Un seul mois complet suit le lancement dans ses données.

La publicité prend une partie des clics

La recherche payante progresse pendant que l'organique recule. En base 100 en août 2024, elle gagne 17,3 % en France et 21 % aux États-Unis à août 2026. De janvier à août 2026 comparé aux mêmes mois de 2025, sur 8 438 domaines français, l'organique perd 3,50 milliards de visites (-11,6 %) et le payant en gagne 235 millions (+10,7 %). Le payant ne compense donc que 6,7 % des visites organiques perdues en France, contre 36,6 % aux États-Unis. Toutes recherches confondues, les sites français reçoivent 10,1 % de visites de moins.

Kevin Indig appuie sa lecture sur trois faits. Google regroupe depuis le 13 octobre 2025 jusqu'à quatre annonces textuelles sous un en-tête « Résultats sponsorisés ». Tom Capper, de l'outil STAT, a mesuré sur 46 000 requêtes très recherchées que les blocs d'annonces ont doublé de taille et que, depuis juin, le résultat organique moyen se trouve sous la partie visible d'un écran d'ordinateur courant. Et, selon les résultats de Google qu'il cite, la publicité a rapporté 63,3 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, en hausse de 16,8 % sur un an, avec 13 % de clics payants en plus et un coût par clic en hausse de 3 %. Il pense que l'effet de la publicité sur les clics organiques est sous-estimé et souvent attribué à tort aux AI Overviews, et présente comme son opinion l'idée que les annonces prennent plus de place et se distinguent moins bien. Il cite aussi la mise à jour non nommée de janvier 2026, qui a fait chuter certains sites.

Le trafic venu des IA reste sous 1 % des visites

Le canal IA est celui qui progresse le plus vite. En août 2026, les sites du panel reçoivent 2,44 visites venues d'une IA pour 100 visites organiques en France, et 2,85 aux États-Unis. Ce rapport compare la taille de deux canaux. En part du trafic total, l'IA pèse 0,54 % des visites françaises (78,4 millions sur 14,5 milliards) et 0,50 % des visites américaines.

0,54 % Part des visites venues d'une IA dans le trafic total des sites français du panel, en août 2026. Elle représente 2,44 visites pour 100 visites organiques. Growth Memo, données Similarweb, 26 octobre 2026

La courbe française fait un saut le dernier mois. Le rapport entre visites IA et visites organiques passe d'environ 1,6 en juillet à 2,44 en août (valeur de juillet lue sur le graphique), et la part de l'IA dans le trafic total d'environ 0,37 à 0,54 %. L'IA gagne donc aussi du terrain face au trafic total, pas seulement face à l'organique. L'article ne commente pas ce saut, qu'un seul mois ne suffit pas à interpréter.

Part des visites venues d'une IA, par secteur, en France

Juin-août 2026, visites cumulées par secteur | Moyenne du panel français : 0,434 % | Growth Memo, données Similarweb

  • Technologie et logiciel 1,35 %
  • Services publics 0,80 %
  • Éducation et emploi 0,80 %
  • Immobilier et habitat 0,68 %
  • Santé 0,42 %
  • Actualité et information 0,27 %
  • Restauration et cuisine 0,14 %

Dans les deux pays, la technologie et le logiciel, les services publics, l'éducation et l'emploi reçoivent le plus de visites des IA. Le divertissement, la cuisine, le sport et les sites pour adultes en reçoivent moins que la moyenne. L'immobilier fait mieux en France qu'aux États-Unis, la santé mieux aux États-Unis.

Kevin Indig n'attend pas de ce canal qu'il compense la perte organique, même s'il doublait ou triplait en un an. Il qualifie le trafic IA de fausse piste et conseille de suivre plutôt la présence de sa marque quand un acheteur se renseigne sur sa catégorie, puis de relier cette visibilité à des résultats commerciaux. Il renvoie aussi à son article de la semaine précédente sur le trafic IA caché, celui qui arrive sans référent et peut se ranger dans l'accès direct.

Ce que l'étude ne permet pas de conclure

Les visites sont estimées. Similarweb modélise le trafic à partir d'un panel. Les ordres de grandeur et les écarts entre groupes sont plus sûrs que les valeurs exactes. Le canal IA repose sur de petits volumes, où une erreur d'attribution pèse proportionnellement plus.

Aucune cause n'est établie. L'auteur l'écrit lui-même : ses données ne disent pas si l'IA ou la publicité ont causé la perte organique. Les mises à jour de Google ne sont pas mesurées, alors qu'elles changent le type de sites qui se classent.

Les panels ne représentent pas le web d'un pays. Ce sont des sites parmi les plus visités, différents d'un pays à l'autre, et la couverture varie d'un mois à l'autre. Le panel ne dit rien d'un petit site local, en dessous de ce niveau de trafic.

Le texte et les graphiques divergent par endroits. Le recul hors éditeurs (22,5 % dans le texte, 18,9 % sur le graphique pour la France) en est l'exemple. Cette fiche reprend les valeurs des graphiques quand ils précisent leur période et leur panel.

Le trafic IA est sous-compté. Les visites venues d'une IA sans référent apparaissent en accès direct, et l'étude mesure des visites, pas les citations ni les mentions de marque dans les réponses. Une marque peut être très présente dans ChatGPT et n'en recevoir presque aucune visite.

L'auteur vend des outils et des conseils. Kevin Indig est consultant, et l'article renvoie vers des ressources payantes de sa lettre. Les données viennent de Similarweb, qui vend la mesure, et cette édition de la lettre est sponsorisée par Semrush. Cela n'invalide pas les chiffres, mais la lecture sur la publicité et sur le trafic IA est la sienne.

Ce qu'un site français peut en tirer

Se comparer à des sites comparables. La moyenne nationale mélange des éditeurs à -42 % et des sites presque stables. Un site marchand ou un site de service doit se mesurer à des sites de même type et de même taille, pas au recul moyen du pays.

Regarder la publicité avant d'accuser l'IA. Sur les requêtes commerciales, la taille des blocs d'annonces au-dessus du premier résultat organique explique peut-être une partie de la baisse. Relever la page de résultats de ses principales requêtes, sur mobile et sur ordinateur, évite un mauvais diagnostic.

Ne pas attendre de l'IA qu'elle remplace Google en volume. À 2,44 visites pour 100 visites organiques, le trafic venu des IA reste marginal pour la plupart des sites français, même s'il progresse vite. La présence dans les réponses se suit avec d'autres indicateurs, décrits sur la page KPI GEO.

Études complémentaires :

Sources

  • Growth Memo, Kevin Indig, « Organic traffic is down, but it's not all AI », texte et graphiques, données Similarweb de septembre 2023 à août 2026, 26 octobre 2026 : growth-memo.com/p/organic-traffic-is-down-but-its-not
  • Google, le regroupement des annonces sous l'en-tête « Résultats sponsorisés », cité par l'article, 13 octobre 2025 : blog.google/products/ads-commerce/google-search-sponsored-results-label/
  • STAT, Tom Capper, la taille des blocs d'annonces sur 46 000 requêtes, cité par l'article : getstat.com/blog/paid-search-getting-bigger-how-to-respond