- Sur les données GA4 de 100 sites suivis pendant douze mois, la consultante Marie Haynes compte 0,73 visite venue des IA pour 100 visites de Google Organic, dont 0,62 pour ChatGPT.
- Sur les estimations Similarweb de 10 000 domaines par pays, Kevin Indig trouve 2,44 visites IA pour 100 visites organiques en France et 2,85 aux États-Unis en août 2026, soit environ 0,5 % du trafic total.
- L'écart va du simple au triple en France et au quadruple aux États-Unis. La période, les outils et les sites suivis l'expliquent en partie. Il porte surtout sur la tendance : ChatGPT plafonne depuis août 2025 chez Marie Haynes, alors que la part de l'IA dans le trafic double entre janvier et août 2026 chez Kevin Indig. La montée de Gemini peut expliquer une partie de la différence.
- Les deux mesures s'accordent sur l'essentiel. Le trafic venu des IA reste marginal face à Google, il convertit mieux par visite, et même en France, où l'organique recule vite, il est loin de prendre le relais.
- Le rapport entre visites IA et visites organiques se calcule en quelques minutes dans GA4, et c'est à ce chiffre-là qu'un site doit se comparer.
La part du trafic qu'envoient ChatGPT, Gemini ou Perplexity revient dans toutes les discussions sur le GEO, souvent sans chiffre ou avec un chiffre dont on ignore la base. Deux mesures publiées à trois jours d'intervalle fin octobre 2026 donnent un ordre de grandeur, et leur comparaison apprend autant que leurs résultats.
La première vient de Marie Haynes, consultante SEO, dans Search Engine Journal le 23 octobre. La seconde vient de Kevin Indig, dans sa lettre Growth Memo le 26 octobre, à partir de données fournies par Similarweb. Elles posent la même question avec deux instruments différents, et elles ne donnent pas le même chiffre.
Cent sites suivis dans GA4
Marie Haynes a relevé douze mois de données Google Analytics 4 sur 100 sites de tailles variées, soit plus de 145 millions de sessions. Elle ne dit ni de quels secteurs ils relèvent ni comment ils ont été choisis, sinon qu'ils ont été tirés au hasard. Sur ces sites, les sessions venues de ChatGPT représentent 0,62 % du volume apporté par Google Organic, et 0,73 % en ajoutant les autres assistants.
Elle regarde ensuite les conversions sur les 55 sites qui en suivent dans GA4. Les visiteurs venus de ChatGPT convertissent à 13,8 %, ceux de Google Organic à 3,02 %, soit 4,6 fois moins. Le volume l'emporte pourtant : Google Organic apporte 964 conversions sur la période, l'ensemble des IA 36, soit 27 fois moins. Elle signale au passage que 45 des 100 sites ne suivaient aucun événement clé.
Le troisième résultat porte sur la tendance. En additionnant les visites venues de ChatGPT sur les 100 sites, elle voit la croissance exponentielle s'arrêter en août 2025, au moment de la sortie de GPT-5, puis la courbe plafonner. Dans son texte, elle va plus loin et écrit que ChatGPT envoie depuis « de moins en moins » de visiteurs aux sites, sans chiffrer la baisse. Le calcul a été fait par l'outil Antigravity de Google, qu'elle a chargé d'analyser les données.
Vingt mille domaines estimés par Similarweb
Kevin Indig travaille sur un autre instrument. Similarweb estime le trafic de 10 000 domaines parmi les plus visités en France et de 10 000 aux États-Unis, canal par canal, de septembre 2023 à août 2026. Similarweb modélise ces visites à partir d'un panel de navigation, sans accès aux statistiques des sites. Sa fiche complète détaille la méthode.
En août 2026, ces sites reçoivent 2,44 visites venues d'une IA pour 100 visites organiques en France, et 2,85 aux États-Unis. En part du trafic total, l'IA pèse 0,54 % en France et 0,50 % aux États-Unis, à peu près une visite sur deux cents. C'est le canal qui progresse le plus vite des dix suivis, et sa courbe française fait un saut entre juillet et août 2026.
Un écart de trois à quatre fois
Ramenés à la même question, combien de visites IA pour 100 visites organiques, les deux chiffres vont de 0,73 à 2,44 en France et 2,85 aux États-Unis. Plusieurs différences de construction réduisent l'écart, sans l'effacer.
| Marie Haynes | Kevin Indig | |
|---|---|---|
| Instrument | GA4, sessions réelles | Similarweb, visites estimées |
| Sites | 100, de tailles variées | 10 000 par pays, parmi les plus visités |
| Période | Douze mois cumulés | Août 2026, un mois |
| Base de comparaison | Google Organic seul | Toute la recherche organique |
| Visites IA pour 100 visites organiques | 0,73 (0,62 pour ChatGPT) | 2,44 en France, 2,85 aux États-Unis |
La période d'abord. Marie Haynes cumule douze mois, Kevin Indig donne le dernier point d'une courbe qui monte. Sur ses propres courbes, la moyenne de septembre 2025 à août 2026 tourne autour de 1,8 visite IA pour 100 visites organiques aux États-Unis et de 1,4 en France, d'après ma lecture des graphiques. L'écart avec 0,73 reste de l'ordre du double.
La base ne l'explique pas. Marie Haynes divise par le seul trafic de Google, Kevin Indig par toute la recherche organique, Bing compris. Une base plus large fait baisser le rapport, et pourtant c'est chez Kevin Indig qu'il est le plus élevé.
Les instruments ne voient pas la même chose. GA4 ne compte une visite comme venue d'une IA que si le navigateur transmet le référent ou si le lien porte un paramètre de suivi. Les visites qui arrivent sans référent, depuis une application par exemple, se rangent dans l'accès direct. Similarweb estime au contraire le trafic par canal à partir de son panel et de ses modèles, et l'article ne dit pas comment les visites venues d'une application y sont classées. Aucun des deux n'a raison par construction, et l'écart entre eux est en partie celui de deux façons de compter.
Les sites suivis diffèrent. Chez Kevin Indig, la part de l'IA dans le trafic total change de plus de dix fois d'un secteur à l'autre. En France, elle atteint 1,35 % dans la technologie et le logiciel, 0,14 % dans la cuisine et moins encore sur les sites pour adultes. Selon les secteurs de ses cent sites, dont on ignore tout, la moyenne de Marie Haynes peut donc tirer vers le haut comme vers le bas.
ChatGPT plafonne pendant que Gemini progresse
Le vrai désaccord porte sur la tendance. Chez Marie Haynes, les visites de ChatGPT cessent de croître en août 2025. Chez Kevin Indig, la part de l'IA dans le trafic total double entre janvier et août 2026, d'environ 0,25 à 0,50 % aux États-Unis et d'environ 0,27 à 0,54 % en France (valeurs de janvier lues sur le graphique). Les deux observations ne mesurent pas la même chose : la première suit ChatGPT seul, la seconde tout le canal IA.
D'autres mesures vont dans le sens d'un partage du canal. Selon StatCounter, qui compte les visites arrivant des assistants sur les sites équipés de son compteur, Gemini est passé de 1,2 % à 11,8 % de ces visites en France entre septembre 2025 et septembre 2026, pendant que la part de ChatGPT reculait de 85,8 % à 79,0 %. Un ChatGPT qui plafonne et un canal IA qui continue de croître peuvent donc être vrais en même temps. Le détail par moteur est dans le comparatif ChatGPT, Perplexity et Gemini.
Le trafic IA pèse peu et convertit mieux
Sur trois points, les deux mesures se rejoignent. Le trafic envoyé par les IA reste petit face à celui de Google, entre moins d'une et trois visites pour cent visites organiques. Il convertit mieux par visite, ce que Kevin Indig rappelle sans le mesurer et que Marie Haynes chiffre, pour ChatGPT seul, à 4,6 fois le taux de Google, près des 4,4 fois mesurés par Semrush et loin des 1,06 fois d'Amsive. Et ce surcroît de conversion ne compense pas le volume, avec 27 fois plus de conversions venues de Google sur les sites de Marie Haynes.
Les deux auteurs en tirent la même recommandation. Kevin Indig qualifie le trafic IA de fausse piste et conseille de suivre la présence de sa marque quand un acheteur se renseigne sur sa catégorie. Marie Haynes, qui intitule son article « GEO is a distraction », conseille d'étudier comment Google et ses surfaces IA présentent sa marque, puis de se préparer au web des agents, avec le protocole de commerce UCP, WebMCP et les lunettes connectées. Aucune de leurs données ne mesure pourtant la présence dans les réponses. Elles mesurent des clics, et une marque citée sans lien dans ChatGPT, ou résumée dans un AI Overview, n'y apparaît pas. Les AI Overviews et l'AI Mode, que Marie Haynes désigne comme la recherche IA qui compte, sont d'ailleurs eux-mêmes des moteurs génératifs.
En France l'organique recule sans relais du côté des IA
La mesure de Kevin Indig ajoute un point propre à la France. Sur 7 730 sites français, les visites organiques ont baissé de 24,4 % entre août 2024 et août 2026, de 4 à 3 milliards de visites sur le mois d'août, et de 42,5 % pour les éditeurs. L'organique pèse encore 22,1 % du trafic total des sites français suivis par Similarweb, plus de quarante fois la part de l'IA, qui envoie 78,4 millions de visites en août 2026. La perte organique ne se retrouve donc pas dans le trafic venu des IA. La recherche payante n'en rattrape qu'une petite part : de janvier à août 2026, elle compense 6,7 % des visites organiques perdues par rapport aux mêmes mois de 2025.
Faire le calcul sur son propre site
Les deux chiffres servent de repère, à condition de calculer le sien de la même façon.
- Isoler les sessions venues des IA dans GA4, avec un groupe de canaux qui reconnaît les référents chatgpt.com, gemini.google.com, perplexity.ai et copilot.microsoft.com, ainsi que le paramètre
utm_source=chatgpt.com. La page mesurer sa visibilité IA donne la liste et le réglage. - Diviser par les sessions de Google Organic sur la même période, puis multiplier par 100. Le résultat se compare directement au 0,73 de Marie Haynes, et à peu près aux 2,44 à 2,85 de Kevin Indig.
- Calculer le rapport mois par mois plutôt que sur un an, pour voir si le canal monte, plafonne ou se déplace d'un assistant à l'autre.
- Mettre en face les conversions, en volume et en taux. Un taux élevé sur 36 conversions par an ne pèse pas le même poids qu'un taux plus faible sur près de mille.
- Suivre la présence dans les réponses à part, puisque aucune de ces deux mesures ne la voit. Les indicateurs utiles sont sur la page KPI GEO.
Sources
- Search Engine Journal, Marie Haynes, « GEO Is A Distraction: Here's Where The Real Opportunity Is », les données GA4 de 100 sites, les conversions et la tendance des visites de ChatGPT, 23 octobre 2026 : searchenginejournal.com/geo-is-a-distraction-heres-where-the-real-opportunity-is/593870/
- Growth Memo, Kevin Indig, « Organic traffic is down, but it's not all AI », les estimations Similarweb de septembre 2023 à août 2026 et leurs graphiques, 26 octobre 2026 : growth-memo.com/p/organic-traffic-is-down-but-its-not
- StatCounter, AI Chatbot Market Share, France, séries mensuelles de septembre 2025 et septembre 2026 : gs.statcounter.com/ai-chatbot-market-share/all/france
- L'étude Growth Memo en détail. La baisse organique par taille de site, par type de site et par secteur, en France et aux États-Unis.
- Le comparatif ChatGPT, Perplexity et Gemini. Les parts de chaque assistant dans les visites envoyées aux sites.
- Mesurer sa visibilité IA. Le réglage de GA4 pour isoler le trafic venu des assistants.
- Les KPI GEO 2026. Ce qu'on sait mesurer au-delà des clics.
- Les chiffres ACPM de septembre 2026. La baisse des sites d'information français, mesurée par l'audience certifiée.