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Fiche étudeSemrush & Kevin IndigJuillet 2026

Semrush : seules 15,2 % des catégories ont un leader clair dans ChatGPT

Publiée le 20 juillet 2026 Auteure : Margarita Loktionova, avec Kevin Indig Données : janvier → juin 2026 Lecture : ~12 min Analyse : Josselin Leydier
  • Six mois de suivi mensuel (janvier à juin 2026) sur 1 094 catégories américaines, 50 000 marques, 600 000 citations et 220 000 URL dans ChatGPT.
  • Seules 15,2 % des catégories ont une marque véritablement dominante. 31,2 % ont un leader émergent, et 53,7 % restent ouvertes : aucune marque n'y est citée de façon consistante.
  • Les métriques SEO classiques ne désignent pas le gagnant. Le volume de recherche de marque n'a raison que 55,7 % du temps, l'Authority Score 52,5 %, le trafic organique 48,4 %, soit moins bien qu'un tirage à pile ou face.
  • Le résultat le moins repris est pourtant le plus lourd de conséquences. Le domaine le plus cité d'une catégorie n'est la marque la plus mentionnée que dans 21 % des cas, et les deux séries corrèlent négativement (-0,229). Suivre ses citations ne revient donc pas à suivre sa notoriété IA.
  • En revanche, une position acquise se défend, un leader installé conservant sa place 90,4 % d'un mois sur l'autre. Le seuil qui sépare une position stable d'une position volatile est étroit : 2,9 points d'avance médiane contre 1,3 point.
  • Le paradoxe le plus utile tient à ceci que les catégories les plus recherchées sont les moins tenues. La moitié qui concentre 98 % du volume n'a un propriétaire clair que dans 11,3 % des cas, contre 19 % pour la moitié qui ne pèse que 2 % de la demande.

Voici, à ce jour, la plus grande mesure publique de la visibilité des marques dans ChatGPT, et surtout l'une des rares à être longitudinale. Semrush a relevé les mêmes catégories tous les mois pendant six mois, en collaboration avec Kevin Indig (Growth Memo). C'est ce qui permet de répondre à une question hors de portée des instantanés. Une fois qu'on est cité, est-ce que ça tient ?

Ce qui rend cette étude solide, et ce qui appelle des réserves. Sa force tient moins à la taille du corpus qu'à sa répétition, six relevés mensuels sur les mêmes catégories. Le chiffre de rétention de 90,4 % ne s'obtient pas autrement, et très peu d'acteurs font ce travail. Côté réserves, Semrush vend un outil de suivi de visibilité IA, et la conclusion selon laquelle les mesures SEO ne prédisent pas la visibilité IA justifie précisément l'achat d'un produit distinct. Ce n'est pas disqualifiant, c'est à garder en tête. Les seuils qui définissent un « leader » sont par ailleurs des choix maison, et les déplacer fait bouger les 15,2 %. Enfin, le périmètre est ChatGPT seul et américain : ne transposez ni à Gemini, ni à Perplexity, ni au marché français.

La méthodologie et ses seuils

Élément Valeur
Période Janvier à juin 2026, relevé mensuel
Catégories suivies 1 094 (marché américain)
Marques / domaines / URL Plus de 50 000 marques, plus de 220 000 domaines et URL
Citations analysées 600 000+
Moteur ChatGPT uniquement
Structure d'une catégorie 5 prompts types : définition, comparaison, alternatives, cas d'usage, question d'achat
Formulation exacte des prompts Non publiée

Les cinq prompts par catégorie couvrent un parcours d'achat complet, de la définition à la décision. C'est un bon design : il évite de mesurer la visibilité sur une seule intention. Les trois statuts attribués à chaque catégorie reposent en revanche sur des seuils qu'il faut connaître avant de citer le moindre pourcentage.

Statut Condition exacte Part des catégories
Propriétaire de catégorie Plus grande part de mentions, cité dans au moins 4 prompts sur 5, avec au moins 5 points d'avance sur le suivant 15,2 %
Leader émergent Marque la plus citée dans au moins 3 prompts, sans atteindre le seuil ci-dessus 31,2 %
Catégorie ouverte Aucune marque n'apparaît dans 3 prompts ou plus 53,7 %
Le 15,2 % est un chiffre conditionnel, pas une constante. Exiger 4 prompts sur 5 et 5 points d'avance est un critère exigeant. Avec un seuil à 3 prompts sur 5, le taux de catégories « tenues » monterait mécaniquement vers 46 % (15,2 + 31,2). Le message de fond, à savoir que la plupart des catégories ne sont dominées par personne, résiste au déplacement du curseur. Le chiffre précis, lui, ne survit pas hors de sa définition. À citer avec son seuil, jamais nu.

Une majorité de catégories sans maître

Statut des 1 094 catégories suivies dans ChatGPT

Semrush & Kevin Indig | janvier-juin 2026 | marché américain

  • Catégorie ouverte 53,7 %
  • Leader émergent 31,2 %
  • Propriétaire de catégorie 15,2 %

Lecture : dans plus de la moitié des catégories, aucune marque n'est citée dans plus de deux des cinq prompts types. Le terrain est ouvert bien plus souvent qu'occupé.

Ce résultat se heurte à un repère qui circule beaucoup, celui de ConvertMate, pour qui un programme GEO mature suppose une présence de la marque dans plus de 60 % des requêtes de sa catégorie. L'étude Semrush montre que dans 85 % des catégories, personne n'atteint un niveau de domination comparable. Ce repère décrit donc une exception et non un standard atteignable. Bonne nouvelle pour qui démarre, la place est libre bien plus souvent qu'on ne le croit.

La demande se concentre là où personne ne domine

La distribution s'inverse selon la popularité du sujet, et l'écart est spectaculaire une fois les deux séries mises côte à côte. Semrush a coupé ses 1 094 catégories en deux moitiés selon leur volume de recherche IA. La moitié la plus demandée concentre 98 % de toute la demande, mais seules 11,3 % de ses catégories ont un propriétaire clair. La moitié la moins demandée ne pèse que 2 % du volume, et pourtant 19 % de ses catégories sont tenues par une marque.

Part du volume de recherche IA et taux de catégories tenues, par moitié de demande Là où se trouve la demande, presque aucune catégorie n'a de marque dominante Part du volume de recherche IA Catégories ayant un propriétaire clair 100 % 50 % 0 % 98 % 11,3 % 2 % 19 % Moitié la plus demandée 547 catégories Moitié la moins demandée 547 catégories
Source : Semrush & Kevin Indig, 20 juillet 2026. Le graphique d'origine superpose deux axes verticaux différents, ce qui écrase visuellement l'écart réel. Les quatre valeurs sont reportées ici sur une seule échelle de 0 à 100 %.

Plus un sujet est demandé, moins il est tenu. Et le déséquilibre de la demande est tel que le problème concerne à peu près tout le monde. Les catégories « faciles à posséder » existent, mais elles représentent 2 % des requêtes : y régner ne rapporte presque rien. L'explication la plus simple est aussi la plus probable. Les sujets populaires attirent plus de concurrents, donc plus de marques citées, donc une dispersion des mentions. Pour une stratégie, la conséquence est double. Les gros sujets sont plus accessibles qu'on ne l'imagine, et bien plus difficiles à tenir une fois pris.

Les métriques SEO ne désignent pas le gagnant

C'est le résultat le plus discuté de l'étude. Semrush a testé si les marques qui dominent une catégorie dans ChatGPT sont aussi celles qui dominent sur les indicateurs SEO classiques. La réponse tient en une phrase, à peine plus souvent que le hasard.

Les métriques SEO prédisent-elles le leader d'une catégorie dans ChatGPT ? Fréquence à laquelle le leader ChatGPT est aussi le premier sur la métrique SEO 0 % 50 % 100 % 50 % = pile ou face 55,7 % 52,5 % 48,4 % Volume de recherche de marque Authority Score Trafic organique pire que le hasard
Source : Semrush & Kevin Indig, 20 juillet 2026 | 1 094 catégories, janvier-juin 2026. L'échelle est complète (0 à 100 %) pour ne pas exagérer des écarts qui sont réellement faibles.

Trois lectures s'imposent. D'abord, aucune des trois mesures n'a de valeur prédictive utilisable, car entre 48 et 56 % on est dans le bruit. Ensuite, le classement interne reste cohérent avec les autres études, le volume de recherche de marque arrivant en tête, ce que Digital Bloom avait déjà identifié comme premier prédicteur de citation (corrélation 0,334, elle aussi modeste). Enfin, le trafic organique fait moins bien que le hasard, le site le plus visité d'une catégorie ayant légèrement moins d'une chance sur deux d'en être la marque de référence dans ChatGPT.

Ce n'est pas une preuve que le SEO ne sert à rien. L'étude teste une question précise, celle de savoir si le premier sur une mesure donnée est aussi le premier dans ChatGPT. C'est une comparaison de rangs entre leaders, pas une mesure de l'effet du SEO sur la probabilité d'être cité. Une marque peut avoir besoin d'un socle SEO solide pour entrer dans l'ensemble des marques citées, sans que ce socle décide qui arrive en tête. Confondre les deux, c'est exactement l'erreur que ce type d'étude induit, et qui arrange l'éditeur qui vend un outil séparé.

Être cité comme source et être recommandé comme marque sont deux choses différentes

Les reprises ont presque toutes laissé ce résultat de côté. Semrush a comparé, pour chaque catégorie, le domaine le plus cité en source et la marque la plus mentionnée dans le corps de la réponse. Les deux ne coïncident que dans 21 % des cas. Plus parlant encore, les deux séries corrèlent légèrement négativement, à -0,229.

21 % C'est la part des catégories où le domaine le plus cité en source est aussi la marque la plus mentionnée dans la réponse. Dans les quatre cinquièmes restants, le site que ChatGPT cite en référence n'est pas la marque qu'il recommande. Semrush & Kevin Indig, juillet 2026

La conséquence pour le pilotage est directe, et elle est inconfortable pour tout le secteur des outils GEO. La quasi-totalité des plateformes de suivi mesurent des citations, parce que c'est ce qui est techniquement observable, une URL apparaissant ou n'apparaissant pas. Or ce qui pèse sur une décision d'achat, c'est la mention de marque dans le texte. Kevin Indig avait mesuré dans une recherche antérieure que 74 % des utilisateurs retiennent comme choix final la marque la plus mentionnée dans la réponse qu'ils lisent (chiffre issu de ses travaux, pas de cette étude-ci).

Piloter sa visibilité IA sur ses seules citations revient donc à suivre l'indicateur le moins relié à la décision. Un éditeur peut très bien fournir la source qui fait recommander son concurrent. Ce résultat prolonge deux fiches déjà publiées ici. Citation vs absorption, qui montrait qu'être cité n'est pas être repris dans le corps de la réponse, et Omniscient Digital, qui montrait que sur les requêtes de marque l'IA cite majoritairement des tiers.

Une place prise se défend

Le volet longitudinal renverse la perspective. Si les catégories sont majoritairement ouvertes, les positions acquises, elles, sont remarquablement stables.

  • Un propriétaire de catégorie conserve sa place 90,4 % du temps d'un mois sur l'autre.
  • Dans les catégories sans propriétaire clair, le leader change 1 950 fois sur 5 470 comparaisons mensuelles, soit environ 36 % des cas.

Entre les deux, la frontière tient à l'écart avec le poursuivant, et cet écart est étroit :

L'écart médian qui sépare une position tenue d'une position perdue

Points de part de mentions d'avance sur la marque suivante | Semrush, janvier-juin 2026

  • Sujets où le leader se maintient 2,9 pts
  • Sujets où le leader change 1,3 pt

Lecture : 1,6 point de part de mentions sépare, en médiane, une position solide d'une position qui bascule d'un mois à l'autre. C'est peu, et c'est actionnable dans les deux sens.

C'est le chiffre le plus opérationnel de l'étude. Il donne un objectif chiffré qui n'existait pas jusqu'ici : viser trois points d'avance, pas la première place tout court. En dessous, on occupe une position qu'on reperdra ; au-delà, on entre dans un régime où le moteur reconduit le choix précédent avec une régularité de 90 %.

La tension avec le biais d'incumbency

Ce résultat éclaire une apparente contradiction avec l'étude Incumbent Advantage (juin 2026), qui montrait qu'à spécifications égales les modèles recommandent la marque connue 100 % du temps. Comment concilier un biais aussi massif avec 53,7 % de catégories sans leader ?

Les deux mesures ne portent pas sur le même objet. Le biais d'incumbency s'exerce dans un duel, entre deux produits comparables présentés au modèle. Le paysage de Semrush décrit une catégorie entière, où des dizaines de marques se partagent les mentions sur cinq prompts différents. Le biais joue donc bien à chaque comparaison, mais il ne suffit pas à produire une domination stable quand le champ est large. Les deux études convergent en réalité sur le même message : la notoriété donne un avantage réel, et un écart faible suffit à le renverser.

Ce que l'étude ne dit pas

  • Les prompts ne sont pas publiés. C'est la limite structurelle de toutes les mesures de ce type. Les cinq intentions sont décrites, leur formulation exacte non. Or la formulation détermine les marques citées. L'étude n'est donc pas réplicable en l'état.
  • ChatGPT seulement. Aucune donnée sur Gemini, Perplexity, Claude ou l'AI Mode. Vu ce que Meltwater et Digital Bloom documentent sur la divergence entre moteurs, la généralisation est exclue.
  • Marché américain. Les 1 094 catégories sont américaines. Le marché français est plus concentré sur beaucoup de verticales, et les AI Overviews n'y sont arrivés que le 22 juillet 2026 : la transposition demanderait une mesure dédiée.
  • Aucun test de causalité. L'étude décrit des états et leur persistance. Elle ne teste aucune intervention, donc elle ne dit pas ce qui fait devenir propriétaire d'une catégorie. Ses recommandations finales relèvent de l'hypothèse, pas du résultat.
  • Une variabilité de mesure non traitée. Comme le rappelle Schulte et al., une même requête ne donne pas la même réponse deux fois. On ne sait pas combien de fois chaque prompt a été relevé, ni si la part des changements mensuels observés relève du bruit de mesure plutôt que d'un vrai mouvement.

Ce que cela change dans la stratégie

  1. Raisonner par sujet, pas par site. C'est la thèse centrale et elle tient : la visibilité IA se gagne catégorie par catégorie. Un site peut être invisible dans son secteur principal et référence sur trois sous-sujets précis. La bonne unité de pilotage est le sujet.
  2. Choisir deux ou trois catégories, pas dix. Puisqu'il faut atteindre une présence sur 4 prompts sur 5 avec 3 points d'avance, disperser l'effort garantit de ne rien tenir. Mieux vaut viser la propriété sur un petit périmètre que l'émergence partout.
  3. Aller chercher les catégories ouvertes. 53,7 % des catégories n'appartiennent à personne, et le taux monte sur les sujets à fort volume. Avant d'attaquer un sujet, mesurer s'il a déjà un propriétaire : le coût d'entrée n'a rien à voir.
  4. Se fixer un objectif d'écart, pas de rang. Trois points d'avance médians séparent la position tenue de la position perdue. C'est un objectif mesurable, contrairement à « être cité ».
  5. Ne pas piloter sa visibilité IA sur son tableau de bord SEO. Position moyenne, trafic organique et score d'autorité ne disent pas qui gagne dans ChatGPT. Il faut un relevé séparé. C'est vrai, et c'est aussi ce que l'éditeur de l'étude vend. Les deux peuvent être exacts en même temps.
  6. Compter les mentions de marque, pas seulement les citations. C'est la conséquence la plus directe du 21 % et de la corrélation négative. Un tableau de bord qui n'affiche que des URL citées peut afficher une belle courbe pendant que les réponses recommandent un concurrent. Le relevé utile note deux choses sur chaque réponse : quelles sources sont citées, et quelles marques sont nommées dans le texte.
  7. Couvrir les cinq intentions. Définition, comparaison, alternatives, cas d'usage, achat. Le seuil de propriété exige d'être cité sur quatre d'entre elles : une marque présente uniquement sur les requêtes d'achat ne peut structurellement pas devenir référence de catégorie.

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Études complémentaires sur le site :