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Fiche étudeAgarwal & Sen 2026Working paper SSRN

Field experiment 2026 : l'expérience randomisée qui mesure 40 % de clics en moins avec les AI Overviews

Working paper SSRN, avril 2026, révisé le 17 juin 2026 Couverture SEJ : 27 avril 2026 Lecture : ~14 min Analyse : Josselin Leydier
  • Première expérience randomisée à grande échelle sur les AI Overviews : 1 065 utilisateurs américains, extension Chrome, 3 groupes assignés aléatoirement, pré-enregistrement AEA RCT Registry.
  • Sur les requêtes où un AIO devait s'afficher, il y a 39,8 % de clics organiques sortants en moins quand l'aperçu est visible. La part des recherches sans aucun clic passe de 54 % à 73 %. Ce sont les chiffres de la version révisée du 17 juin 2026 (la première version, d'avril, donnait −38 % et 54 à 72 %).
  • L'AIO s'affiche tout en haut de la page dans plus de 87 % des cas. Retiré de cette position, il laisse passer 88 % de clics sortants en plus, presque deux fois plus. Placé plus bas, il ne change rien de mesurable. Les clics sponsorisés ne bougent pas.
  • Masquer l'AIO ne change pas la satisfaction déclarée. Le groupe AI Mode (interface plus immersive) se dit moins satisfait, mais les auteurs tiennent ce bras pour exploratoire, parce que beaucoup de participants l'ont quitté en route.
Correction du 29 octobre 2026. J'ai remplacé les chiffres de la première version du papier (avril 2026) par ceux de sa version révisée du 17 juin 2026, et corrigé trois passages qui allaient plus loin que l'étude : elle compare deux groupes d'utilisateurs tirés au sort, et non le même utilisateur avec et sans aperçu ; l'effet de la position de l'aperçu est une corrélation, pas un effet prouvé ; et elle ne mesure pas les revenus publicitaires de Google. La ligne Seer du tableau décrivait un CTR mesuré dans l'aperçu : Seer mesure le CTR organique des requêtes avec aperçu, selon que la marque y est citée ou non.

Presque toutes les études sur les AI Overviews comparent le taux de clic des requêtes qui en affichent à celui des requêtes qui n'en affichent pas, puis concluent que l'aperçu fait perdre des clics. Le raisonnement a une faille. Google choisit les requêtes sur lesquelles il déclenche un aperçu, et ce sont peut-être celles qui, par nature, produisaient déjà peu de clics. On observe alors une différence entre deux populations, pas l'effet d'une cause.

Saharsh Agarwal et Ananya Sen s'y prennent autrement en avril 2026. Ils tirent au sort qui verra les aperçus et qui ne les verra pas, ce qui rend les deux groupes comparables sur tout le reste. Toute différence observée ensuite ne peut plus venir que de l'aperçu. Les auteurs la présentent comme la première preuve causale de l'effet des aperçus sur les clics, et c'est la seule expérience de ce type menée sur de vrais utilisateurs, dans leur navigation habituelle, que je connaisse à ce jour.

Les auteurs et le statut de l'étude

  • Saharsh Agarwal, Indian School of Business
  • Ananya Sen, Carnegie Mellon University

Le papier est publié comme working paper sur SSRN en avril 2026, et a été couvert par Search Engine Journal le 27 avril 2026 (article de Matt G. Southern). Une version révisée est déposée le 17 juin 2026, et PPC Land en rend compte le 1er juillet 2026. C'est elle que je cite dans cette fiche, avec les chiffres d'avril entre parenthèses quand ils diffèrent.

Statut méthodologique de l'étude. Il s'agit d'un working paper, c'est-à-dire d'un texte de recherche en cours, non encore revu par les pairs. C'est une étape normale du cycle académique en sciences économiques. La rigueur méthodologique reste très élevée parce que le protocole a été pré-enregistré au AEA RCT Registry (registre des essais cliniques randomisés en économie) avant la collecte des données. Cela garantit que les hypothèses et le plan d'analyse étaient fixés à l'avance, ce qui exclut la sélection après coup des résultats les plus présentables, ce que les statisticiens appellent le p-hacking.

La méthodologie en détail

Quatre choix de protocole font la solidité de cette étude.

1. Une vraie randomisation

Les 1 065 utilisateurs américains, recrutés via la plateforme Prolific, ont été assignés aléatoirement à l'un des trois groupes suivants :

Groupe Manipulation Rôle dans l'expérience
Contrôle Aucune modification de l'interface Google Comportement de référence avec AIO actifs comme par défaut
Hide AIO Une extension Chrome masque les AI Overviews Mesure de l'effet causal du bloc AIO
AI Mode L'interface AI Mode de Google est forcée Bras exploratoire sur une interface plus immersive

L'astuce méthodologique principale est l'extension Chrome qui masque les AI Overviews dans le groupe Hide AIO sans modifier le reste de l'expérience Google. Plus de 95 % des participants de ce groupe, comme du groupe contrôle, disent n'avoir rien remarqué ou ne pas savoir si quelque chose avait changé, ce qui indique que l'effet mesuré est bien dû au bloc AIO et non à une perception consciente de la différence.

2. Une durée d'observation suffisante

Chaque participant a été suivi pendant deux semaines, ce qui permet de mesurer non seulement les comportements ponctuels mais aussi les habitudes prises sur une période significative. La période d'observation court de janvier à février 2026.

3. Un panel de mesures large

L'étude ne mesure pas seulement les clics. Elle observe :

  • Les clics sortants (vers des sites tiers).
  • La part des recherches sans clic (zero-click).
  • Les clics sponsorisés (Google Ads).
  • La fréquence de recherche (les utilisateurs cherchent-ils plus ou moins quand l'AIO est masqué ?).
  • La satisfaction perçue, sur une échelle de Likert 1-5 (qualité, facilité, satisfaction globale).

4. Pré-enregistrement public

Le protocole a été déposé au AEA RCT Registry avant la moindre collecte de données. Les hypothèses et le plan d'analyse étaient donc écrits d'avance, et personne ne peut les ajuster après coup pour rendre les résultats plus présentables. Aucun des rapports d'éditeurs publiés chaque mois sur les aperçus IA ne prend cette précaution.

Les résultats principaux

Effet sur les clics organiques

−39,8 % Réduction des clics organiques sortants sur les requêtes où un AI Overview devait s'afficher, mesurée en comparaison entre le groupe contrôle (AIO actif) et le groupe Hide AIO (AIO masqué). Version révisée du 17 juin 2026 ; la version d'avril donnait −38 %. Source : Agarwal & Sen 2026, version révisée, repris par PPC Land (1er juillet 2026)

Concrètement, les clics sortants par recherche passent de 0,62 dans le groupe Hide AIO (sans AIO) à 0,37 dans le groupe contrôle (avec AIO), contre 0,61 et 0,38 dans la version d'avril. Soit environ quatre clics organiques sur dix en moins lorsque l'AIO s'affiche.

Effet sur les recherches sans clic

L'expérience mesure aussi la part des recherches qui n'aboutissent à aucun clic vers un site.

Effet causal de l'AI Overview sur les clics

Comparaison contrôle vs traitement, Agarwal & Sen 2026 (1 065 utilisateurs randomisés)

  • Clics organiques sans AIO 0,62
  • Clics organiques avec AIO 0,37
  • Recherches sans clic, sans AIO 54 %
  • Recherches sans clic, avec AIO 73 %

Source : Agarwal & Sen 2026, working paper SSRN, version révisée du 17 juin 2026, rapportée par PPC Land. −39,8 % de clics organiques, +19 points de recherches sans clic (version d'avril : 0,61 et 0,38 clic, 54 et 72 %).

Ce passage de 54 à 73 % signifie qu'avec un AIO affiché, près de 3 recherches sur 4 ne génèrent aucun clic vers le web ouvert. SparkToro mesure de son côté le zéro-clic sur l'ensemble des recherches, avec ou sans aperçu : un peu moins de 60 % aux États-Unis en 2024. Les deux chiffres ne se comparent pas directement, et seule cette étude isole la part qui revient à l'aperçu.

L'effet est plus fort quand l'AIO est en haut

L'AIO n'est pas toujours affiché tout en haut de la page. Dans plus de 87 % des cas où il apparaît, il est en position dominante, au-dessus de tous les résultats organiques (85 % dans la version d'avril). Dans les autres cas, il est plus bas sur la page de résultats.

Quand on retire un AIO placé en haut, les clics sortants augmentent de 88 %, ce qui revient presque à les doubler. Quand on retire un AIO placé plus bas, rien ne change de façon mesurable. Les utilisateurs voient le bloc IA en premier, lisent la réponse synthétique, et sont moins enclins à descendre vers les résultats organiques. Les auteurs précisent que ce résultat reste une corrélation avec la position observée : c'est Google, et non le tirage au sort, qui décide où l'aperçu s'affiche.

Pour la pratique GEO, la position d'affichage de l'aperçu mérite donc d'être suivie pour chaque requête. Les requêtes où l'AIO est systématiquement en haut sont celles où le SEO classique perd le plus.

Un résultat moins commenté compte beaucoup sur le plan économique. Les clics sponsorisés (Google Ads) ne bougent pas de façon mesurable entre les groupes, la fréquence de recherche non plus. Les utilisateurs cliquent moins sur les résultats organiques quand l'aperçu est affiché, mais pas moins sur les annonces. L'étude ne mesure pas les revenus de Google. Ce qu'elle montre, c'est que les clics retenus par l'aperçu sont pris au web ouvert, pas aux annonces.

Du point de vue de l'éditeur de contenu, c'est une mauvaise nouvelle : les clics que l'aperçu retient sont les siens.

La nuance sur la satisfaction utilisateur

Les résumés grand public de l'étude reprennent souvent un message simple : « les AIO réduisent les clics sans dégrader la satisfaction utilisateur ». La lecture précise de l'étude est plus nuancée.

Groupe Satisfaction (qualité, facilité, global)
Contrôle (AIO actifs) Référence
Hide AIO (AIO masqués) ≈ identique au contrôle
AI Mode (interface plus immersive) plus basse que le contrôle

Masquer l'AIO ne dégrade donc pas la satisfaction, les utilisateurs sont aussi satisfaits sans le bloc IA qu'avec. Les participants envoyés vers l'interface AI Mode, plus envahissante, se disent en revanche moins satisfaits, un résultat que les auteurs tiennent pour descriptif.

La satisfaction mesure le confort de la recherche. Ce que l'utilisateur en retient est une autre question, traitée en laboratoire par l'étude de Wharton, où les participants passés par un AI Overview écrivent ensuite des conseils 28 % plus courts que ceux passés par les liens et jugent l'information moins complète.

Ce que change cette nuance. L'argument « les AIO ne gênent pas l'utilisateur » utilisé par certains défenseurs du format ne tient que pour le format AIO classique tel qu'il existe en 2026. Les participants envoyés vers l'AI Mode se disent moins satisfaits, mais les auteurs tiennent ce bras pour descriptif : beaucoup l'ont quitté en route, en désinstallant l'extension ou en contournant l'interface. Si Google bascule vers l'AI Mode comme expérience par défaut, c'est un signal à suivre, pas encore un résultat.

Comment cette étude se compare aux autres

Cette étude est complémentaire de deux autres sources majeures sur le même sujet :

Étude Type de mesure Résultat Force méthodologique
Ahrefs (déc. 2025) Observationnelle | CTR comparé entre requêtes avec/sans AIO −58 % Très grand échantillon, mais corrélation pure
Agarwal & Sen 2026 Randomisée | deux groupes d'utilisateurs tirés au sort, AIO masqué ou actif −39,8 % (−38 % en avril) Effet causal établi sur cet échantillon, pré-enregistrement RCT
Seer Interactive (fév. 2026) Observationnelle | CTR organique avec AIO, selon que la marque est citée 2,1 % cités vs 0,9 % non cités Grand échantillon, mesure d'asymétrie

L'écart entre Ahrefs (−58 %) et Agarwal/Sen (−39,8 %) s'explique probablement par une différence dans ce qu'on mesure :

  • Ahrefs compare le CTR de la position 1 organique sur des requêtes différentes (certaines avec AIO, d'autres sans). Cela peut inclure un biais de sélection, puisque les requêtes qui déclenchent un AIO peuvent avoir des caractéristiques particulières (plus informationnelles, par exemple) qui pèsent indépendamment.
  • Agarwal & Sen comparent deux groupes d'utilisateurs tirés au sort, l'un qui voit les aperçus, l'autre qui ne les voit pas. Comme les deux groupes sont comparables en tout le reste, l'écart mesure l'effet du bloc IA. Et ils comptent tous les clics organiques sortants d'une recherche, pas seulement celui de la première position.

Le chiffre −39,8 % est probablement la mesure la plus fiable de l'effet causal isolé. Le −58 % d'Ahrefs reste utile pour quantifier l'effet observé dans des données réelles, qui inclut peut-être des biais structurels que la randomisation neutralise.

Ce qu'on peut en conclure

Trois conclusions tiennent à partir de cette étude.

  1. L'effet des aperçus sur les clics organiques est réel et causal. Sur ordinateur, aux États-Unis, la question de savoir si les AIO retirent des clics est tranchée. Reste celle de l'ampleur ailleurs, et les deux chiffres les plus cités ne la mesurent pas de la même façon : −39,8 % ici pour les clics organiques sortants par recherche, −58 % chez Ahrefs pour le taux de clic de la première position.
  2. La position de l'AIO est un indicateur sous-utilisé. Suivre si l'aperçu s'affiche en haut ou plus bas sur vos principales requêtes permet de prioriser, puisque celles où il est systématiquement en haut sont celles où le manque à gagner organique est le plus fort.
  3. Le SEO classique reste une fondation, mais il ne protège pas. La randomisation montre que même les pages les mieux classées perdent des clics quand l'AIO s'affiche. La meilleure parade mesurée sur ces requêtes est d'être cité dans le bloc IA, ce que l'étude Seer documente avec les ratios 2,1 % vs 0,9 % de CTR.

Les limites de l'étude

Pour utiliser cette étude proprement, il faut nommer ses limites. Les auteurs eux-mêmes les reconnaissent dans le papier.

  • Working paper non revu par les pairs. Le pré-enregistrement RCT compense en grande partie, mais la version définitive (après peer review) pourrait apporter des ajustements.
  • Échantillon US uniquement. Les comportements de recherche sur Google peuvent différer en France, en Allemagne ou en Asie. La transposition n'est pas automatique.
  • Plateforme Prolific. Les utilisateurs Prolific sont des participants payés à des études. Leur comportement n'est peut-être pas strictement identique à celui d'utilisateurs Google « normaux ».
  • Chrome desktop seulement. Pas de données mobile, alors que Google mobile représente la majorité des recherches.
  • Attrition variable selon les groupes. Une partie des participants a abandonné en cours d'étude, ce qui peut introduire un biais résiduel.
  • Possibles contournements par les participants. Plus de 95 % du groupe Hide AIO dit n'avoir rien remarqué ou ne pas savoir si quelque chose avait changé, mais les autres ont pu adapter leur comportement.
  • Résultats qualifiés d'exploratoires. Les auteurs signalent eux-mêmes que d'autres analyses sont à venir, et que certaines conclusions secondaires sont à confirmer.

Pourquoi on cite cette étude en priorité

Sur llm-geo.fr, on essaie de hiérarchiser les sources selon la rigueur de leur méthodologie. Cette étude est, à ce jour, la plus solide sur l'effet causal des AI Overviews : pré-enregistrement RCT, randomisation propre, panel de mesures large, durée d'observation réaliste. C'est la référence à citer quand un client conteste l'effet des AIO sur le trafic. Les autres études (Ahrefs, Seer, BrightEdge) restent utiles pour cadrer les ordres de grandeur dans des contextes plus larges, mais cette étude établit la causalité.

Source

Article de couverture utilisé pour cette fiche :

Le working paper original est sur SSRN, et le pré-enregistrement RCT correspondant sur le AEA RCT Registry, pour ceux qui voudraient creuser la méthodologie.

Études complémentaires sur le site :