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Blog | AnalyseGoogleOctobre 2026

Google sert de fausses pages de résultats aux outils qui l'aspirent

Publié le 14 octobre 2026 Sources : Nozzle, Search Engine Roundtable Lecture : ~10 min Analyse : Josselin Leydier
  • Depuis le 20 septembre 2026, une partie des pages de résultats que Google renvoie aux outils de suivi de positions sont fausses. La page est complète et normale en apparence, mais les sites habituels du mot-clé ont été remplacés.
  • Sur 27,5 millions de pages relevées dans 49 pays, l'éditeur Nozzle en compte 8 %, contre 0,17 % avant, et jusqu'à un quart du 27 au 29 septembre.
  • Sur une page empoisonnée, il ne reste que 20,7 % des sites présents la veille, contre 88,5 % d'habitude. Reddit, Facebook et LinkedIn prennent la place.
  • Les sources des AI Overviews sont touchées aussi. Un tableau de bord GEO qui les relève par robot a pu enregistrer des données fausses fin septembre.
  • La France est peu touchée, à 3,9 %, mais la Belgique est à 13,2 % et la Suisse à 12,8 %. Et 78 % des pages faussées redeviennent normales en trois jours.

Le 28 septembre, votre outil de suivi vous annonce que votre site a quitté la première page sur la moitié de vos mots-clés. Vous passez la matinée à chercher une mise à jour, une pénalité, un concurrent qui aurait tout raflé. Le 1er octobre, tout est revenu à sa place. Ce n'était pas votre site qui avait bougé. C'était la page que Google avait choisi de montrer à votre outil.

L'éditeur de suivi de positions Nozzle a publié le 10 octobre 2026 une étude qui documente le phénomène sur 27,5 millions de pages de résultats. Elle intéresse tous ceux qui mesurent leur visibilité dans Google, et plus encore ceux qui mesurent leur présence dans les AI Overviews, parce que ces mesures passent par les mêmes robots.

Une page normale avec les mauvais résultats

Une page empoisonnée ne ressemble à rien de suspect. Pas d'erreur, pas de captcha, le même gabarit et la même version de l'interface de Google qu'une page ordinaire. Rien dans le code ne la signale. Seul l'historique du mot-clé la trahit.

Nozzle a donc comparé chaque page à l'histoire de son propre mot-clé. Pour chaque requête suivie, il a retenu les sites présents dans le top 10 sur au moins 60 % des relevés entre le 20 août et le 9 septembre, ses « sites habituels ». Une page est jugée empoisonnée quand moins de la moitié de ces sites y figurent, et qu'ils reviennent sur un relevé suivant. Le retour compte autant que l'absence, parce qu'il distingue une donnée faussée d'une vraie chute.

L'écart est brutal. D'un relevé à l'autre, une page de résultats garde normalement 88,5 % des sites de son top 10. Sur une page empoisonnée, elle n'en garde que 20,7 %. Sur les ordinateurs, la pagination raccourcit aussi, avec des pages qui s'arrêtent à la quatrième là où le mot-clé en comptait huit.

La même requête à trois jours d'intervalle

« white label local seo », sur ordinateur, aux États-Unis. À gauche, la page normale du 4 octobre 2026, à droite la page empoisonnée du 7 octobre. Faites glisser le curseur.

Page de résultats empoisonnée du 7 octobre 2026 : les sites spécialisés ont été remplacés par localwp.com, un restaurant du Wyoming, Reddit et des sites d'administrations américaines Page de résultats normale du 4 octobre 2026 : des agences et des outils spécialisés dans le référencement local en marque blanche 4 oct. · normale 7 oct. · empoisonnée

Captures : Nozzle, Poisoned Google SERPs, 10 octobre 2026, nozzle.io/research/poisoned-google-serps/. Haut de page recadré.

D'abord bloqués puis empoisonnés

La chronologie est ce qui donne son sens au phénomène. En juillet, Google teste des redirections dans ses liens de résultats, qui lui permettent de repérer les robots. Le 13 septembre, les requêtes des outils commencent à échouer en masse, et pendant deux semaines il en passe beaucoup moins. Je l'avais signalé à l'époque sur ce site, dans les pages consacrées aux outils de suivi GEO et aux KPI GEO.

Le 20 septembre, les premières pages empoisonnées apparaissent parmi celles qui passent. Elles atteignent un quart de l'ensemble du 27 au 29 septembre, puis se stabilisent entre 5 et 11 % par jour depuis le 1er octobre.

Part des pages de résultats empoisonnées

Pages relevées par Nozzle dans 49 pays, avant et après le 13 septembre 2026

  • 20 août au 9 septembre 0,17 %
  • Depuis le 13 septembre 8,0 %
  • Pire jour, fin septembre 25 %

Derek Perkins, le fondateur de Nozzle, résume pour Search Engine Roundtable la méthode qu'il observe en trois moyens. Google bloque de très larges plages d'adresses, celles des réseaux de proxys résidentiels que louent les outils. Il affiche beaucoup plus de captchas. Et sur les requêtes qu'il juge suspectes, il injecte de mauvaises données.

Le troisième est le plus difficile à détecter. Une requête refusée dit au robot de réessayer. Une requête qui reçoit une page complète, mais fausse, est enregistrée comme vraie. Le robot ne sait pas qu'il s'est fait avoir, et l'outil affiche la chute à son client sans aucune alerte.

Un filet tendu pour les IA qui prend les outils SEO

Google n'a fait aucune déclaration sur le sujet. Nozzle et Barry Schwartz, de Search Engine Roundtable, font pourtant la même lecture. La cible serait la collecte massive des résultats de Google pour alimenter des réponses d'IA, ce qu'on appelle le grounding, et les services comme SerpApi qui revendent ces résultats à la demande. Les outils de suivi de positions collectent les pages de la même façon que ces robots, et ils se retrouvent pris dans le même filet.

C'est une hypothèse, mais elle colle à ce qu'on sait. La page de résultats de Google est devenue une matière première pour les assistants concurrents, qui s'en servent pour répondre sans envoyer l'utilisateur sur Google. Bloquer coûte cher et se contourne. Servir de fausses données rend la collecte inutilisable sans que le collecteur s'en aperçoive, ce qui est bien plus dissuasif.

Reddit et Facebook prennent la place des sites habituels

Les pages empoisonnées ne sont pas remplies au hasard. Nozzle a comparé, mot-clé par mot-clé, la présence de chaque site dans le top 10 des pages faussées et dans celui des autres pages du même mot-clé.

Site Dans le top 10 des pages normales Dans le top 10 des pages empoisonnées
Reddit20,8 %28,8 %
Facebook28,3 %33,8 %
LinkedIn6,2 %9,3 %
Instagram9,6 %12,1 %
Quora5,3 %6,7 %
YouTube16,3 %13,9 %
Yelp12,9 %11,1 %

Sur les mots-clés américains, 14,2 % des pages empoisonnées contiennent en plus un site d'un autre pays, un .ca ou un .co.uk, contre 6,1 % des pages normales.

Un retour de Reddit peut être un artefact. En août, ChatGPT a divisé par sept ses citations de Reddit en quatre jours, et beaucoup suivent depuis la place des forums dans Google. Un outil qui aurait relevé fin septembre une remontée de Reddit dans les résultats a peut-être surtout relevé des pages empoisonnées. Avant d'en tirer une tendance, il faut vérifier que la hausse tient au-delà de quelques jours.

Les sources des AI Overviews faussées aussi

Le remplacement ne s'arrête pas aux liens bleus. Nozzle a mesuré, partie de page par partie de page, la part des éléments qu'un relevé garde par rapport au précédent.

Partie de la page Éléments gardés d'un relevé à l'autre, en temps normal Sur une page empoisonnée
Résultats naturels88,5 %20,7 %
Recherches associées87,9 %30,7 %
Autres questions posées87,4 %46,9 %
Sources des AI Overviews68,8 %42,3 %
Résultats locaux85,8 %60,5 %
Annonces70,6 %83,7 %

La ligne des AI Overviews concerne directement le GEO. La plupart des outils qui disent mesurer votre présence dans les AI Overviews relèvent la page de Google avec un robot, exactement comme un outil de positions. Fin septembre, une part de ces relevés a enregistré des sources qui n'étaient pas les vraies. Un score de visibilité qui s'effondre puis remonte sur la même semaine peut ne rien dire de votre contenu. La page lire un score de visibilité IA détaille les autres choix d'un outil qui pèsent sur son chiffre.

Une seule ligne monte, celle des annonces. Elles restent même plus stables sur les pages empoisonnées qu'en temps normal.

La France moins touchée que la Belgique et la Suisse

L'Europe de l'Ouest est la zone la moins touchée. La France est à 3,9 % de pages empoisonnées sur près de 400 000 relevés, comme l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, sous les 5 %. Le Royaume-Uni est le plus bas, à 3 %. Les voisins francophones ne sont pas épargnés, avec 13,2 % en Belgique et 12,8 % en Suisse, et l'Autriche monte à 18,8 %. Une agence française qui suit des clients belges ou suisses est donc plus exposée qu'elle ne le pense.

  • Les recherches « près de moi » sont plus touchées, à 11,4 % contre 7,8 % pour le reste.
  • La longue traîne aussi, à 9,4 % pour les requêtes cherchées moins de 100 fois par mois, contre 6,1 à 7,1 % au-dessus.
  • Les recherches de marque le sont le moins, à 5,3 %.
  • L'appareil ne change presque rien, 7,7 % sur ordinateur, 8,3 % sur iPhone, 7,1 % sur Android.
  • Le chemin de la requête change tout. Sur les mêmes jours, un des réseaux par lesquels Nozzle collecte recevait 1 à 7 % de pages faussées, et un autre 9 à 30 %. Deux outils peuvent donc être touchés très différemment.

Cinq signes d'une fausse chute de positions

Pour un site suivi, l'effet est spectaculaire. Sur les mots-clés où il fait partie des sites habituels, il sort du top 10 sur 58,6 % des pages empoisonnées, contre 2,7 % en temps normal. Une vraie baisse s'en distingue par cinq signes.

  1. La chute ne dure pas. 80 % des épisodes ne touchent qu'un seul relevé, et 77,9 % des pages retrouvent leurs sites habituels en trois jours, deux jours en médiane. Une vraie chute reste.
  2. La Search Console ne la voit pas. Si votre site « disparaît » de l'outil alors que la Search Console garde ses impressions et ses clics, il ne s'est rien passé.
  3. Toute la page a changé, pas seulement vous. Si la plupart des sites habituels du mot-clé ont disparu en même temps que le vôtre, c'est la page qui est fausse.
  4. La comparaison avec la veille ne suffit pas. La veille peut avoir été empoisonnée elle aussi. Il faut comparer aux semaines précédentes.
  5. La page est plus pauvre. Moins souvent un AI Overview et des recherches associées, plus de réseaux sociaux et d'images, une pagination plus courte. Aucun de ces signes ne suffit seul.

Le réflexe le plus simple vient d'un référenceur cité par Search Engine Roundtable. Il vérifie la requête lui-même, en navigation privée, avant de croire un mouvement.

Ma lecture

Pendant vingt ans, le référencement a vécu sur une donnée gratuite et observable par tous, la page de résultats de Google. Cette donnée devient chère, partielle et, depuis septembre, piégée. Google cherche sans doute à défendre sa page contre ceux qui veulent la revendre aux IA, et les outils de suivi paient au passage.

Pour le GEO, la conséquence est encore plus lourde. Mesurer sa présence dans les réponses générées passe déjà par des relevés répétés, parce qu'une même question ne donne pas deux fois les mêmes sources. Si une part des relevés est en plus faussée à la source, l'écart entre ce qu'un outil affiche et ce que voit un utilisateur s'élargit. Je ferais trois choses. Lire les chiffres de fin septembre avec prudence, surtout ceux des 27 au 29. Demander à son outil s'il détecte ces pages et comment il les écarte. Et revenir aux données qui ne passent pas par un robot, la Search Console et les logs du serveur, chaque fois qu'un chiffre surprend.

Sources

  • Nozzle, Derek Perkins, Poisoned Google SERPs, l'étude sur 27,5 millions de pages de résultats du 20 août au 9 octobre 2026, avec sa méthode et ses données téléchargeables, 10 octobre 2026 : nozzle.io/research/poisoned-google-serps/
  • Search Engine Roundtable, Barry Schwartz, les trois moyens décrits par Derek Perkins, la lecture d'une cible IA et SerpApi, et les retours de référenceurs, 12 octobre 2026 : seroundtable.com/third-party-google-rank-tracking-broken-42272.html
  • Search Engine Roundtable, Barry Schwartz, le blocage des outils de suivi à partir du 13 septembre 2026, 18 septembre 2026 : seroundtable.com/google-blocking-scrapers-and-tracking-tools-42118.html
Pour aller plus loin sur le site :