Quand une réponse de Gemini affiche ses sources, on voit le résultat, jamais le chemin. Quelles recherches a-t-il lancées sur Google ? Quelles pages a-t-il lues sans les retenir ? Pourquoi tel paragraphe plutôt qu'un autre ? Ce sont pourtant les trois questions qui comptent pour un site qui veut être cité.
L'agence RESONEO a trouvé un moyen d'y répondre. Une conversation Gemini partagée par lien public garde plus que le dialogue affiché à l'écran. On y retrouve les recherches envoyées à Google, la liste des pages consultées, les pages citées et, pour chaque citation, le passage précis de la page qui appuie la phrase de la réponse. RESONEO a réuni 76 450 de ces partages, de novembre 2024 à octobre 2026, soit 222 753 recherches Google.
Parmi les études que je suis, aucune autre n'est consacrée à Gemini seul, qui est toujours mesuré à côté d'autres moteurs. La plupart observent aussi les réponses de l'extérieur, en posant des questions et en relevant les sources affichées. Celle-ci lit les traces que l'interface de Gemini enregistre elle-même, et c'est ce qui la rend précieuse. Je reprends ses résultats dans l'ordre du parcours d'une réponse, avec ce qu'ils changent pour un site, puis la méthode et les précautions de lecture.
Le parcours d'une réponse en cinq étapes
Le schéma ci-dessous reprend l'exemple que RESONEO utilise pour illustrer son étude. Chaque étape correspond à une partie des résultats détaillés plus bas.
Gemini transforme la question avant de chercher
Gemini n'envoie pas à Google la question telle qu'elle a été tapée. Il la récrit, souvent en plusieurs requêtes, ce qu'on appelle le fan-out. Pour savoir ce que ces réécritures changent, RESONEO a comparé chaque requête au message de l'utilisateur et relevé ce qu'elle ajoute.
| Ce que Gemini change à la question | Fréquence |
|---|---|
| Elle devient une suite de mots-clés (12 mots en deviennent 8) | 84 % des requêtes issues d'une question |
| Une requête part en anglais, alors que la question est dans une autre langue | 55 % des échanges avec recherche |
| Une année apparaît, que l'utilisateur n'avait pas donnée | 37 % des requêtes |
| Un pays apparaît, que la question ne citait pas | 20 % des échanges, 31,5 % pour les questions en français |
| Une marque, un modèle, une personne ou un lieu absent de la question | environ 1 requête sur 4 (questions en anglais) |
| Une comparaison entre deux options | 12 % des échanges, moins de 3 % depuis juin 2026 |
| Un mot d'achat (meilleur, avis, prix) | moins de 6 % des échanges |
| Un nom de site comme Reddit ou YouTube | moins de 2 % des échanges |
Deux lignes de ce tableau comptent particulièrement pour un site français. La première est la langue. Une réponse rédigée en français peut s'appuyer sur des pages trouvées par une recherche en anglais, si bien qu'un site français se retrouve en concurrence avec les sites qui répondent à la requête de son client, mais aussi avec les pages anglophones qui répondent à sa traduction. La seconde est le pays. Sur les questions posées en français, près d'un échange sur trois ajoute un pays à la recherche, ce qui peut avantager les pages qui disent clairement de quel pays elles parlent.
Le nom propre ajouté mérite aussi l'attention. Quand Gemini glisse dans sa recherche un modèle ou une marque que l'utilisateur n'a pas cités, les pages qu'il va lire risquent de tourner autour de ce modèle. RESONEO en a fait une estimation sur les questions en anglais, en vérifiant 50 détections à la main, d'où l'ordre de grandeur d'une requête sur quatre.
Des reformulations qui ont beaucoup changé en 2026
Ces chiffres ne décrivent pas un comportement fixe. Les 55 % et les 37 % portent sur la période du 15 décembre 2025 au 10 mai 2026, et l'étude publie leur évolution mois par mois.
Le recours à l'anglais a été divisé par plus de deux entre janvier et octobre, et l'ajout d'une année, après un pic en juin, est retombé autour de 15 %. Le nombre médian de recherches par échange a suivi le même mouvement, de quatre de janvier à avril à deux à partir de juin. Un chiffre de cette étude cité sans sa période peut donc décrire un Gemini qui n'existe déjà plus.
Wikipédia et la presse en tête des citations
Pour savoir quels sites Gemini cite, RESONEO compte la part des réponses sourcées, c'est-à-dire qui affichent au moins une source, dans lesquelles chaque site apparaît. Wikipédia est citée dans près d'une réponse sourcée sur trois, en 2025 comme en 2026. La presse progresse nettement, et Reddit, presque absent en 2025, apparaît dans 5 réponses sourcées sur 100 depuis février 2026.
| Site | Part des réponses sourcées, 2025 | 2026 |
|---|---|---|
| wikipedia.org (toutes langues) | 28,8 % | 32,1 % |
| theguardian.com | 5,1 % | 8,4 % |
| youtube.com | 10,2 % | 7,8 % |
| cbsnews.com | 3,5 % | 5,6 % |
| reddit.com | 0,0 % | 5,2 % |
| nih.gov | 8,1 % | 2,0 % |
| researchgate.net | 3,9 % | 1,6 % |
Regroupés par grands types, les sites de presse sont cités dans 55 réponses sourcées sur 100 en 2026, contre 41 en 2025. Les encyclopédies passent de 36 à 38, les forums de 2 à 7. À l'inverse, les sites de recherche et de santé tombent de 18 à 7, les universités de 18 à 11 et les institutions publiques de 25 à 20. Les entreprises et les marques restent stables, autour de 14 à 15.
Ce palmarès est très anglophone, puisque 98 % des réponses sourcées de 2025 et 93 % de celles de 2026 sont en anglais. Il ne recoupe pas non plus celui de Peec AI que je cite dans mon guide pour Gemini, qui plaçait en mars 2026 Reddit, YouTube et Wikipédia en tête des domaines cités par Gemini. RESONEO compte la part des réponses qui citent un site, Peec AI classe des domaines sur un autre corpus, et les deux mesures ne se comparent pas directement.
Trois pages consultées sur dix finissent citées
C'est à mon sens le résultat le plus utile de l'étude. Depuis le 24 septembre 2026, les partages listent aussi les pages que Gemini a lues sans les citer. RESONEO a donc pu comparer, sur 1 291 réponses et 10 639 pages consultées, ce qui est lu et ce qui est retenu. Environ trois pages lues sur dix finissent citées, et toutes les pages citées figurent bien dans la liste des pages lues.
Part des pages consultées par Gemini qui finissent citées
Réponses du 24 septembre au 12 octobre 2026, nombre de pages consultées entre parenthèses (RESONEO)
Selon RESONEO, seuls Wikipédia et YouTube s'écartent nettement de la moyenne une fois prise en compte la marge d'erreur. Le cas de YouTube est parlant. Une vidéo figure parmi les pages consultées dans 18 % des réponses, mais n'est citée que dans 5 %. Gemini la consulte, mais ne la retient qu'une fois sur cinq.
Pour un site, la leçon se lit en deux temps. Il faut d'abord figurer parmi les pages que Gemini consulte, ce qui passe par les résultats Google de ses requêtes reformulées. Il faut ensuite que la page énonce clairement, par écrit, le fait que Gemini veut appuyer, sans quoi elle sera lue puis laissée de côté.
Un tiers des passages cités dans le premier dixième du texte
RESONEO a relu les pages citées et localisé 1 454 passages sur 900 pages. La mesure porte sur le texte du contenu, hors menus et navigation, et non sur ce qu'affiche le premier écran. Le résultat est très net.
Le premier dixième du texte ne pèse qu'un dixième de la page mais concentre un tiers des passages cités, soit plus de trois fois sa part. Sur un article de 1 000 mots, ce sont les 100 premiers mots. La seconde moitié du texte, à l'inverse, n'en reçoit qu'un sur cinq.
La tendance rejoint celle que Kevin Indig a mesurée sur ChatGPT, où 44,2 % des citations viennent des 30 % premiers d'un contenu. Les deux études découpent le texte autrement et portent sur deux moteurs différents, mais elles convergent vers la même consigne, donner tôt la réponse et les faits qui l'appuient. Mon guide du front-loading détaille comment s'y prendre.
L'étude apporte deux détails sur la forme. La moitié des passages cités compte 43 mots ou moins. Et dans 99 % des cas, l'extrait que Gemini affiche reprend le début du passage.
Le passage cité ressemble à la phrase de Gemini plus qu'à la recherche
Une page compte en médiane 68 passages. Pourquoi Gemini retient-il celui-là ? Pour le savoir, RESONEO a pris 1 807 citations et comparé chaque passage de la page à deux choses, la phrase de la réponse que la citation appuie et la recherche Google qui a fait remonter la page. La comparaison a été faite de deux façons, sur les mots employés (méthode BM25) et sur le sens (modèle EmbeddingGemma, sur 701 citations).
| Le passage cité est, sur sa page, le plus proche… | Par les mots | Par le sens |
|---|---|---|
| … de la phrase écrite par Gemini | 54 % | 57 % |
| … de la recherche Google | 10 % | 14 % |
| En tirant un passage au hasard | 2 % | non donné |
Les deux comparaisons sont distinctes et leurs pourcentages ne s'additionnent pas. Elles vont pourtant dans le même sens. Le passage retenu colle à l'affirmation de la réponse bien plus qu'aux mots de la recherche, et vingt-sept fois plus souvent qu'un tirage au hasard. Gemini ne recopie pas pour autant ce qu'il cite, puisque 70 % des phrases étudiées ne reprennent aucune suite de quatre mots du passage source.
RESONEO en tire un scénario. Gemini rédigerait sa phrase en désignant la page source par un simple numéro, un repère du type [cite: 3] qui apparaît parfois tel quel dans ses réponses. Le passage le plus proche de la phrase serait ensuite rattaché, puis vérifié par un score de conformité que les partages contenaient jusqu'en avril 2026, et qui jugeait 99 % des liens conformes. RESONEO présente ce scénario comme une déduction et non comme une observation directe.
Pour qui rédige, la conséquence est pratique. Si ce scénario est juste, Gemini cherche dans la page la phrase qui dit la même chose que lui. Un passage court, qui énonce un fait de façon compréhensible sans le paragraphe précédent, se rattache plus facilement à son affirmation qu'une idée diluée sur plusieurs paragraphes. C'est le principe que développe mon guide du découpage en passages.
Une réponse sur deux cite un site hors des grands domaines
Faut-il être un très gros site pour être cité ? Sur ce corpus, non. 51 % des réponses sourcées citent au moins un site classé au-delà du millionième rang mondial, ou absent du classement de popularité utilisé (NicheObserver Reach, fondé sur les données de navigation de Chrome). Une même réponse peut donc réunir un grand site et une source beaucoup moins visitée.
Des recherches sans source affichée
Une réponse sans citation peut tout de même s'appuyer sur une recherche Google. Du 11 mai au 12 octobre 2026, c'est le cas de 43 % des échanges où Gemini a cherché. La part était bien plus haute en début d'année, 79 % en janvier et 78 % en février, avant de descendre jusqu'en mai puis de se stabiliser autour de 40 %. « Sans source » désigne ici l'absence de citation structurée, et des liens ou des cartes peuvent apparaître malgré tout dans la réponse.
Une page peut donc nourrir une réponse de Gemini sans jamais apparaître comme source, et aucun outil de suivi des citations ne la verra. Cela rejoint la distinction entre être repris et être cité, que mesure aussi l'étude Citation vs absorption.
Le classifieur qui étiquette chaque question
La dernière partie de l'étude sort du corpus. En observant les échanges entre l'interface et les serveurs de Google pendant 40 essais sans compte, le 5 octobre 2026, RESONEO a repéré une fiche de scores que Google envoie au navigateur pendant la réponse, sans l'afficher. Elle classe la question selon 106 catégories (35 sujets, 47 tâches, 22 types de relance et 2 scores de sentiment) et arrive en 2,5 secondes en médiane. Une question sur des chaussures de course reçoit par exemple 0,91 en achat et 0,99 en demande de recommandation, chaque catégorie ayant son propre score.
Dans le code de l'interface, le seul usage visible de ces scores consiste à décider d'afficher une enquête de satisfaction. Ce que Google en fait côté serveur, et s'ils influencent la recherche ou le choix des sources, reste inconnu. C'est une piste à suivre plus qu'un résultat à exploiter.
Ce qu'un site peut en tirer
Penser aux requêtes que Gemini tape, pas seulement à celles de l'utilisateur. Ce sont elles qui font remonter les pages lues, et elles ajoutent souvent une année, un pays ou une version anglaise de la question. Une page qui affiche clairement sa date et le pays dont elle parle peut mieux correspondre à ces variantes.
Donner la réponse tôt. Avec un tiers des passages dans le premier dixième et quatre sur cinq dans la première moitié, une longue introduction avant le sujet coûte cher. Les faits importants gagnent à figurer dans les premiers paragraphes.
Écrire des passages qui se suffisent. Une phrase qui énonce un fait précis, compréhensible sans le paragraphe précédent, est celle que Gemini peut rattacher à son affirmation. La moitié des passages cités font 43 mots ou moins, ce qui donne un ordre d'idée, pas une longueur à viser.
Ne pas compter sur la vidéo seule. YouTube est beaucoup lu et peu cité. Un sujet traité en vidéo gagne à exister aussi sous forme écrite.
Ne pas juger sa visibilité aux seules citations. Avec plus de deux recherches sur cinq qui n'affichent aucune source, une partie de l'influence d'une page sur les réponses de Gemini échappe à tout comptage.
Les bases de calcul de chaque résultat
RESONEO n'a retenu qu'un partage par conversation, le plus long, et a relu les liens encore accessibles les 2 et 3 octobre 2026, puis le 14 octobre pour les plus récents, sans compte connecté. Chaque résultat porte sur une partie du corpus et sur une période qui lui est propre, parce que l'interface n'a pas toujours enregistré les mêmes informations.
| Résultat | Base de calcul | Période |
|---|---|---|
| Recherches reformulées | 222 753 requêtes, 29 370 conversations | 15 décembre 2025 au 10 mai 2026 |
| Sites cités | 4 697 réponses sourcées en 2025, 11 524 en 2026 | Avril 2025 au 4 octobre 2026 |
| Pages lues et pages citées | 1 291 réponses, 10 639 pages consultées | 24 septembre au 12 octobre 2026 |
| Position des passages | 1 454 passages sur 900 pages | Pages relues le 4 octobre 2026 |
| Passage et phrase de réponse | 1 807 citations, 737 conversations | Non précisée |
| Popularité des sites cités | 16 221 réponses sourcées | Classement disponible jusqu'en août 2026 |
| Réponses sans source | 7 277 échanges avec recherche | 11 mai au 12 octobre 2026 |
Les précautions de lecture
RESONEO détaille lui-même la plupart de ces réserves dans sa section de méthode. Elles ne retirent rien à l'intérêt de l'étude, mais elles disent jusqu'où ses chiffres s'appliquent.
La collecte n'est pas publiée. RESONEO ne divulgue pas comment il a retrouvé les 76 450 conversations, en expliquant que certaines contiennent des informations personnelles et n'étaient pas destinées à être visibles de tous. Les calculs sont décrits, mais personne ne peut reconstituer le corpus. Le jeu de données est proposé aux chercheurs sur demande.
Des conversations partagées ne sont pas toutes les conversations. Ceux qui partagent une conversation ne sont pas représentatifs de tous les utilisateurs de Gemini, et les langues, les sujets et les mois sont inégalement représentés. Les conversations parlent surtout d'actualité et de culture, et plus de 90 % des réponses sourcées du palmarès sont en anglais. RESONEO précise que ses résultats décrivent ce corpus et seraient à vérifier sur des questions d'achat. Ils restent aussi à vérifier sur des questions posées en français.
Chaque chiffre a sa période. Les 55 % de requêtes en anglais et les 37 % d'années ajoutées portent sur le premier semestre 2026, et les deux comportements ont fortement reculé depuis. La comparaison entre pages lues et pages citées repose sur moins de trois semaines de données.
Le scénario de rédaction reste une hypothèse. La proximité entre le passage cité et la phrase de Gemini est mesurée, l'ordre des opérations internes ne l'est pas. Les pages ont aussi pu changer entre leur citation et leur relecture.
Une association n'est pas une recette. RESONEO écrit en toutes lettres que déplacer un paragraphe vers le haut ne garantit pas sa citation, et que 43 mots n'est pas une longueur optimale. La position des passages cités décrit ce que Gemini retient, pas l'effet d'une modification. La popularité mesurée par Chrome ne correspond pas non plus à l'autorité au sens du SEO.
L'éditeur propose un outil lié. La page présente l'extension Chrome de RESONEO, qui capture les recherches, les pages et les passages de Gemini dans ses propres conversations. Cela n'enlève rien aux mesures, mais c'est à savoir en les lisant.
- Comment Gemini choisit ses sources. Le fonctionnement du grounding Google tel que l'éditeur le documente.
- Citation vs absorption. Être cité et être repris dans la réponse, deux mesures différentes.
- Le guide du front-loading. Placer la réponse en tête, avec la mesure de Kevin Indig sur ChatGPT.
- Le découpage en passages. Écrire des blocs qui se comprennent seuls.
- Retour au hub : toutes les études GEO
Sources
- RESONEO, « Comment Gemini cherche et choisit ses citations », l'étude complète, sa méthode, ses réserves, les séries mensuelles et l'exploration des conversations, octobre 2026 : think.resoneo.com/gemini-convo/fr/
- Kevin Indig, rapporté par Search Engine Land, 44,2 % des citations de ChatGPT dans les 30 % premiers du contenu, 18 février 2026 : searchengineland.com/chatgpt-citations-content-study-469483