- En cinq mois, trois textes ont dit où s'arrête l'influence légitime sur les réponses des IA. Google applique ses règles anti-spam à la manipulation des réponses IA depuis le 15 mai 2026, il qualifie de tromperie les faux profils d'auteurs depuis le 1er octobre, et Anthropic interdira à partir du 12 novembre d'utiliser Claude pour semer, dans les sources des moteurs et des IA, des contenus qui mentent sur leur origine, leur auteur ou leur indépendance.
- L'un des exemples qui ont motivé le texte d'Anthropic est français. Une agence de publicité basée en France a monté environ 70 faux sites d'information locale, signés par des journalistes inventés, pour y publier au moins 8 913 articles. Ils n'ont presque pas trouvé de lecteurs.
- Les trois textes visent la même chose, le mensonge sur celui qui parle. Aucun ne vise l'usage de l'IA pour écrire, et Anthropic a même retiré la publication automatique de contenus de sa liste d'usages à haut risque.
- Le GEO qui reste de ce côté de la ligne consiste à rendre une information vraie plus facile à trouver et à citer, sous un nom qui répond de ce qu'il publie.
Depuis que la visibilité dans les réponses des IA se vend, une question revient chez tous ceux qui en font, prestataires comme clients, et elle porte sur la limite entre aider une IA à citer une marque et lui faire croire quelque chose de faux. Jusqu'au printemps 2026, personne n'y répondait officiellement, et chacun plaçait la ligne où cela l'arrangeait.
Trois textes publiés entre mai et octobre y répondent désormais, deux par Google et le troisième par Anthropic. Ils ne sanctionnent pas de la même façon, Google en déclassant un site et Anthropic en fermant un compte, et ils placent pourtant la frontière exactement au même endroit, qui est aussi celui où je la place avec les clients pour qui je fais du GEO. Les citations qui suivent sont traduites par mes soins.
Google sanctionne la manipulation des réponses IA depuis le 15 mai
Le 15 mai 2026, Google a précisé que ses règles anti-spam couvrent les réponses génératives de son moteur, les Aperçus IA et le mode IA. Ses règles qualifient désormais de spam le fait de « tenter de manipuler les réponses de l'IA générative dans Google Search ». Aucune règle nouvelle n'a été créée, et ce sont les pratiques déjà interdites, de l'abus de contenu à grande échelle à l'abus de réputation de site, qui s'appliquent désormais clairement à ce qui apparaît dans une réponse IA. Je l'ai détaillé dans l'article consacré à cette mise à jour, avec le cas du journaliste qui avait fait reprendre par l'IA une fausse liste dont il occupait la première place.
Les faux auteurs sont une tromperie pour Google depuis le 1er octobre
Le 1er octobre 2026, Google a ajouté un paragraphe à sa page sur les contenus utiles, juste après son conseil d'indiquer clairement qui a écrit un contenu :
« Fabriquer des profils de créateurs, par exemple avec des photos générées par IA, des noms inventés ou de faux diplômes, pour faire croire qu'un contenu a été écrit par des experts humains, est une forme de tromperie. Toute tromperie rend une page indigne de confiance pour les utilisateurs comme pour nos systèmes de qualité automatisés, et constitue le signal d'une page de faible qualité. »
L'idée figurait déjà dans les consignes des évaluateurs humains de Google, qui n'influencent pas directement le classement. Elle est désormais écrite pour les éditeurs et rattachée aux systèmes automatisés, même si Google ne dit pas comment ils repèrent un faux profil. Le même jour, sa page sur les contenus générés par IA a ajouté qu'il est « critique » de les vérifier à la main avant publication, sans rien retirer à sa position de 2023, qui juge le résultat et pas l'outil.
Anthropic interdit de semer de fausses sources pour les IA
Le 8 octobre 2026, Anthropic a publié la nouvelle version de sa politique d'usage, qui s'appliquera le 12 novembre à tous ceux qui utilisent Claude, dans ses applications comme par son API. Une nouvelle section, intitulée « Ne pas mener de campagnes trompeuses ni d'activité artificielle », regroupe des interdictions jusque-là dispersées entre les chapitres sur les élections, la fraude et la désinformation. L'une d'elles nomme pour la première fois les moteurs de recherche et les IA. Elle interdit de
« manipuler les sources dans lesquelles les moteurs de recherche ou les systèmes d'IA puisent leurs réponses, en y semant des contenus qui travestissent leur origine, leur auteur ou leur indépendance (par exemple des réseaux de sites se présentant comme des sources sans lien entre elles qui confirment les mêmes affirmations) ».
Les autres lignes de la section interdisent de créer de faux personas, de faux médias ou de faux avis pour tromper sur l'origine d'un message ou sur l'ampleur d'une opinion, de diffuser des contenus par des sites ou des comptes faussement indépendants pour cacher leur source commune, de dissimuler qui finance un message destiné à influencer l'opinion ou des décideurs, de construire les outils de ces campagnes, et de les vendre comme un service. La version précédente, en vigueur depuis septembre 2025, ne parlait ni de moteurs ni de réponses IA. La sanction ne vise pas un site mais un compte, qu'Anthropic peut suspendre ou fermer.
La même mise à jour retire un usage de la liste. La version de 2025 rangeait parmi les usages à haut risque, soumis à relecture humaine et à information du public, le fait de « générer automatiquement des contenus et de les publier pour un usage externe ». Cette catégorie n'apparaît plus dans le texte de 2026. Écrire et publier avec Claude n'est donc plus traité comme un risque en soi, et c'est la tromperie qui l'est.
Soixante-dix faux sites d'information locale montés depuis la France
Anthropic rattache cette section à son rapport de septembre 2026 sur les usages malveillants, qui décrit une opération attribuée à LKM Company, une agence de publicité numérique basée en France. Ses domaines ont été déposés depuis la France en dix semaines, au milieu de l'année 2025, puis hébergés sur une même infrastructure, ce qui a permis de relier à un seul compte environ 70 sites qui se présentaient comme des rédactions locales indépendantes.
Claude servait de chaîne de production. Chaque demande exigeait une sortie au format fixe, un HTML mis en forme, une longueur précise et trois ou quatre liens internes par article, pour une publication automatique, et le rapport précise que ces articles étaient conçus pour faire monter l'autorité des sites dans les moteurs de recherche. Ils étaient signés par des journalistes qui n'existaient pas, chaque site avait son compte X, et plus de 250 comptes de commentaires, pour la plupart créés en juin et juillet 2025 et souvent illustrés de photos générées par IA, relayaient l'ensemble. Le réseau a publié au moins 8 913 articles dans une vingtaine de langues, souvent des réécritures orientées de vrais articles de presse, au service de clients qui changeaient de camp politique selon qui payait.
Sur l'échelle d'impact de la Brookings Institution, qui va de 1 à 6, Anthropic classe l'opération en catégorie 2, avec des contenus restés sur ses propres sites et comptes, et très peu d'engagement de vrais lecteurs. OpenAI, qui a publié le même jour un rapport sur deux opérations comparables venues de Russie et d'Iran, tire une observation voisine des trente opérations qu'il a mises au jour depuis 2024. Celles qui ont le plus de portée sont celles qui parviennent à placer leurs textes dans de vrais médias, et pas celles qui fabriquent leurs propres faux sites.
La ligne passe par l'identité de celui qui parle
Mis côte à côte, les trois textes ne visent pas l'outil qui écrit. Google juge un contenu sur sa qualité quel que soit l'outil qui l'a produit, et Anthropic vient de cesser de traiter la publication automatique comme un usage à risque. Ce qu'ils visent tous, c'est un mensonge sur l'identité de celui qui parle, qu'il s'agisse d'un auteur qui n'existe pas, d'un expert aux diplômes inventés, d'un avis écrit par la marque elle-même, ou de dix sites présentés comme indépendants alors qu'ils viennent de la même main.
Cette ligne tient parce qu'elle protège le mécanisme dont dépendent les IA. Une réponse générée vaut ce que valent ses sources, et une IA qui croise plusieurs sources pour confirmer un fait suppose qu'elles sont réellement distinctes. Dix sites tenus par la même agence qui répètent la même affirmation lui font croire à une confirmation qui n'existe pas, alors qu'un éditeur qui publie sur plusieurs sites sous son propre nom, mentions légales à l'appui, ne cache pas sa source commune. Le nombre de sites ne change rien à l'affaire, puisque seule compte la possibilité pour le lecteur, humain ou machine, de savoir qui parle.
Le GEO honnête rend une information vraie plus facile à citer
Les leviers du GEO que ce site documente restent tous du bon côté de cette ligne. Publier des données qu'on est seul à détenir et les dater, structurer une page pour qu'une IA en extraie le bon passage, citer ses sources, signer sous un nom qui répond de ce qu'il écrit, obtenir que de vrais médias, de vraies plateformes d'avis ou Wikipédia parlent d'une marque parce qu'elle a quelque chose à dire, rien de cela ne trompe personne sur l'origine d'une information. Le travail consiste à rendre une information vraie plus facile à trouver, à comprendre et à reprendre.
Le reste se heurte désormais à trois obstacles à la fois, un moteur qui le classe en spam, un fournisseur de modèle qui ferme le compte, et des éditeurs de modèles qui ont toutes les raisons de trier sévèrement leurs sources. Une source écartée par un modèle ne se désavoue pas comme on désavouait un lien auprès de Google, ce que j'ai développé à propos de la pénalité Pingouin des IA. Et l'exemple de LKM montre que la tromperie, même produite à grande échelle et à bas coût, n'a presque rien rapporté en audience.
Les points que les trois textes laissent ouverts
La politique d'Anthropic ne s'applique qu'aux utilisateurs de Claude, et rien n'empêche une agence de faire la même chose avec un autre modèle. OpenAI interdit lui aussi ces opérations et publie ses enquêtes, mais tous les fournisseurs ne le font pas, et un modèle ouvert installé sur sa propre machine échappe à toute surveillance. La règle dit ce qui est interdit, elle ne garantit pas qu'il sera repéré.
Google, de son côté, ne dit pas comment ses systèmes repèrent un faux profil d'auteur ou une manipulation des réponses IA, et l'application de ces règles à la source d'une réponse générée reste difficile à observer de l'extérieur. Enfin, la ligne d'Anthropic sur le financement caché vise les messages destinés à influencer l'opinion ou des décideurs, et son texte ne dit pas jusqu'où elle s'étend aux contenus commerciaux. Ces zones grises n'enlèvent rien au centre de la règle, que les trois textes formulent de la même façon.
Sources
- Google Search Central, règles anti-spam, dont la tentative de manipulation des réponses de l'IA générative dans Google Search : developers.google.com/search/docs/essentials/spam-policies
- Google Search Central, page sur les contenus utiles, paragraphe du 1er octobre 2026 sur les faux profils de créateurs : developers.google.com/search/docs/fundamentals/creating-helpful-content
- Google Search Central, page sur les contenus générés par IA, vérification manuelle jugée critique depuis le 1er octobre 2026 : developers.google.com/search/docs/fundamentals/using-gen-ai-content
- Anthropic, présentation de la mise à jour de la politique d'usage, entrée en vigueur le 12 novembre 2026, 8 octobre 2026 : anthropic.com/news/2026-usage-policy-update
- Anthropic, texte de la politique d'usage, section sur les campagnes trompeuses et l'activité artificielle : anthropic.com/legal/aup
- Anthropic, version de la politique d'usage en vigueur depuis le 15 septembre 2025, avec la catégorie à haut risque des contenus publiés automatiquement : anthropic.com/legal/archive/22742366-2ef0-4c7a-a833-6523f10d3944
- Anthropic, rapport de septembre 2026 sur les usages malveillants, opération GTG-54002 attribuée à LKM Company : anthropic.com/threat-intelligence-report-september-2026
- OpenAI, rapport sur les opérations « false front » et bilan des trente opérations d'influence mises au jour depuis 2024, 8 octobre 2026 : openai.com/index/disrupting-ai-enabled-false-front-operations/
- Search Engine Journal, Matt G. Southern, la comparaison des versions 2025 et 2026 de la politique d'Anthropic, 9 octobre 2026 : searchenginejournal.com/claude-rules-fake-sources-ai-answers/592456/
- Google sanctionne la manipulation des réponses IA. La mise à jour du 15 mai 2026 et le cas de la fausse liste reprise par l'IA.
- Une pénalité Pingouin des IA. Pourquoi une source écartée par un modèle ne se désavoue pas.
- Le GEO va-t-il devenir un marché payant. La diffusion payante de contenus dans les sources que les IA préfèrent.
- Citer ses sources en GEO. Le levier qui ne dépend d'aucune règle de plateforme.
- Le watermarking IA ne pénalise pas le référencement. Pourquoi Google juge le contenu et pas l'outil qui l'a écrit.